Forcer quelqu’un à s’excuser en public, est-ce vraiment la solution ? Une vidéo bizarre circule partout. On y voit M. Kamizelo dit maîtrisable, gêné, lire des excuses au Président de la République Felix Tshisekedi comme s’il récitait un texte qu’on lui a imposé. On dirait une mise en scène parfaite pour l’humilier en public. Quel spectacle affligeant !
Le ton est contrit, les mots semblent pesés, calibrés, presque étrangers à celui qui les prononce. La mise en scène est parfaite : l’homme seul, face caméra, dans l’exercice humiliant de l’auto-flagellation publique. Car il faut appeler les choses par leur nom : ce spectacle nauséabond n’a rien à voir avec la justice, la réconciliation ou je ne sais quel autre concept fourre-tout. C’est le degré zéro de la démocratie.
L’exact inverse de ce qui la fonde : le débat, la contradiction, le droit fondamental, et parfois inconfortable, à la liberté d’expression. Monsieur Kamizelo, quel que soit le contenu de ses propos initiaux – et il est crucial de préciser que l’on peut les désapprouver avec la plus grande fermeté –, n’a usé que de ce droit. Il a parlé. Il a critiqué. Il a peut-être insulté. Dans une démocratie qui se respecte, on répond par des arguments, par un contre-discours.
On répond par le poids de la loi si les limites légales sont franchies. On ne répond pas par une mise en scène de soumission qui rappelle les pires heures des régimes autoritaires. Le plus grand échec ici n’est pas celui de Monsieur Kamizelo, mais celui des autorités qui ont orchestré ou tacitement validé ce cirque. En exigeant cette repentance télévisée, elles n’ont pas étouffé une idée ; elles lui ont offert une tribune démesurée.
Elles ont transformé un citoyen, quel qu’il soit, en symbole de la répression de la parole. Elles ont donné à ses propos initiaux une publicité qu’ils n’auraient jamais eue. Quelle magistrale ineptie stratégique ! On voulait faire un exemple ? L’exemple est là : il montre un pays où le débat d’idées est si faible, si fragile, qu’il doit être remplacé par le rituel d’humiliation. “L’intolérance ne doit pas prendre la place du goût du débat et de la délibération”.
Cette phrase devrait être gravée au fronton de toutes les institutions. Pourtant, l’acte qui nous est donné à voir en est la négation absolue. C’est l’intolérance en action, non pas celle d’un citoyen en colère, mais celle, bien plus dangereuse, d’un système qui ne supporte plus la dissonance. Un pays qui grandit est un pays où l’on peut s’engueuler royalement sur la place publique sans craindre d’être contraint, ensuite, à jouer les pantins repentants dans une vidéo qui sent la peur et le calcul politique.
Alors oui, en défenseur des règles démocratiques – ces règles qui protègent aussi bien les idées que l’on chérit que celles que l’on exècre –, nous sommes obligés de prendre la défense de Monsieur Kamizelo. Non pour ses idées, qui peuvent être parfaitement critiquables, mais pour son droit inaliénable à les exprimer sans être réduit à un rôle de figurine contrite dans un théâtre d’opprobre public. Le véritable danger pour notre nation n’est pas dans la parole d’un homme, aussi provocatrice soit-elle.
Il est dans la tentation, toujours renaissante, d’y répondre par le silence imposé et l’humiliation spectacle. Ce qui circule sur la toile, ce n’est pas une simple vidéo de pardon. C’est l’aveu d’une peur panique de la contradiction. Et c’est un bien triste miroir tendu à notre démocratie.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR











