À Isiro, l’asphalte se fait aussi rare que la pluie en saison sèche. Sur le papier, pourtant, les promesses roulaient grand : trente-trois kilomètres annoncés par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, auxquels le gouverneur Jean Bakomito, surfant volontiers sur la vague présidentielle, en avait ajouté dix. Quarante-trois kilomètres de rêve, donc.
Mais après au moins deux ans, la réalité n’en compte même pas dix. Annoncé en grande pompe, ce projet s’est mué en un chantier à rallonges, émaillé d’arrêts, de reprises et de salaires impayés. Au cœur de ce désordre : le gouverneur Bakomito et l’entreprise Mont Gabaon, accusés de faire rouler la population sur des illusions plutôt que sur du bitume.
Dans les rues, on ne parle plus de routes, mais de “taches d’asphalte”. Les engins travaillent un jour pour s’arrêter dix. Les promesses de Bakomito s’usent plus vite que le bitume de Mont Gabaon. Isiro est l’histoire d’une ville qui voulait avancer, mais à qui l’on fait piétiner son attente. Un habitant témoigne : “L’asphalte a commencé à dix mètres du palais de justice jusqu’au rond-point Lumumba ; puis jusqu’au rond-point Chamukwale”.
De là au rond-point Uélé, un seul côté a été fait. Ensuite, ils ont sauté à l’aéroport pour goudronner jusqu’à Lindangu. Entre le parquet et le rond-point Uélé, les travaux ont été relancés six fois ; vers l’aéroport, c’est la septième fois, à moins que je ne sois contredit. Miracle du “génie civil local” : le goudron saute des tronçons, on asphalte ici, on zappe là, on revient ailleurs. Une inefficacité record.
Les fonds ont-ils été débloqués ? Où sont-ils passés ? Pourquoi les ouvriers ne sont-ils pas payés ? Le feuilleton est sans fin. Ces derniers cumulent huit mois d’arriérés de salaire. “Plus de soixante travailleurs ont porté plainte à l’inspection du travail pour impayés”, rapporte un enseignant. Ce “mystère” dépasse le simple retard : il révèle une gouvernance locale déconnectée, qui préfère les effets d’annonce aux réalisations.
Tandis que les Isirois attendent la route, c’est leur patience que l’on piétine. Dans la bouche des thuriféraires du pouvoir provincial, le refrain est connu, psalmodié comme une antienne : “Conformément à la vision du chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et au programme quinquennal du gouvernement provincial du Haut-Uélé, dirigé sous le leadership du gouverneur Jean Bakomito Gambu…” Une vision qui, certes, se brouille singulièrement sur le terrain.
Pendant ce temps, le gouverneur Jean Bakomito passe plus de la moitié de l’année à Kinshasa, officiellement pour du “lobbying payant”. Un lobbying dont la population ne voit ni la couleur, ni le goudron – à l’exception de ces deux kilomètres. Tant que Jean Bakomito continuera de “lobbyer” à Kinshasa pendant que ses routes s’effritent à Isiro, on pourra affirmer que, dans le Haut-Uélé, la route du progrès mène surtout… vers la capitale.
François Anga Kupa, journaliste, écrivain et enseignant à Domuni Universitas / Lobjectif













