La chambre basse du Parlement congolais, supposée incarner la démocratie et représenter la nation, n’est plus qu’un théâtre d’intrigues sordides où se mêlent ambitions démesurées, rancunes tenaces et jeux de pouvoir opaque. Derrière les discours lénifiants sur l’unité nationale et le développement, se cache une réalité bien plus sombre : un entrelacement d’intérêts privés qui bafoue la souveraineté populaire.
L’élection du bureau définitif, bien que présentée comme un succès pour l’Union Sacrée de la Nation, masquait en réalité les luttes fratricides qui déchirent l’institution. Derrière la façade de l’unanimité, se cachent des manœuvres visant à évincer des figures jugées trop indépendantes ou trop encombrantes. Le “bal des chauves”, cette danse macabre où les appétits personnels priment sur l’intérêt général.
Le rôle de la sœur biologique de Jean-Pierre Bemba, écartée de la questure adjointe lors de l’élection du bureau définitif, est emblématique des rancunes qui empoisonnent la vie politique. Son éviction, perçue comme une humiliation par le leader du MLC, n’a jamais été digérée. Pourtant, l’Honorable Bemba a présidé la prestigieuse commission des infrastructures et a été choyé par Vital Kamerhe lui-même.
Mais dans ce jeu d’échecs impitoyable, les alliances sont éphémères et les trahisons monnaie courante. La présence trop visible de la sœur du Vice-Premier ministre Jean-Pierre Bemba lors des récents événements n’est pas anodine : elle symbolise une revanche en gestation. Le silence trop abasourdissant du ministre des Relations avec le Parlement, Guy Loando Mboyo, n’est pas un hasard. Il n’est pas un simple spectateur non plus.
Par le biais de ses lieutenants – Yumba, Engelemba et de Reagan Bakongo (petit frère de Willy Bakonga), il tire les ficelles d’un réseau influent au sein de l’Assemblée. Les députés du MLC de Bemba et ceux de l’AREP de Loando forment une coalition hétéroclite mais redoutable, capable de bloquer ou de précipiter des décisions cruciales. Même d’anciens kabilistes, pourtant marginalisés, retrouvent une influence inattendue dans ce marchandage permanent.
Le professeur Jacques Djoli Eseng’Ekeli, constitutionnaliste respecté et artisan du règlement intérieur de l’Assemblée serait aussi visé par ces pétitionnaires. Lui qui a fait du “respect des textes juridiques et de la rigueur académique son cheval de bataille n’aurait jamais fermé les yeux sur les compromissions si jamais elles avaient élu domicile dans cette grande institution.
Son élection au poste de rapporteur a été brillante et ne s’inscrit pas dans un système où la loyauté partisane prime sur la compétence et l’éthique. Pendant que certains élus s’adonnent à leurs guerres intestines, le peuple congolais continue de souffrir : insécurité dans l’Est, crise sociale latente, services publics en déliquescence. Les appels au dialogue national restent lettre morte, noyés dans le vacuum des ambitions personnelles.
L’Assemblée nationale, au lieu d’être le lieu de débat et de contrôle démocratique, n’est plus qu’un terrain de jeu partisan. Les pétitionnaires se comportent en oligarques sourds aux urgences du pays. Il est temps de dénoncer cette mascarade. Le Congo mérite mieux que ces jeux de pouvoir cyniques. Il mérite des institutions qui servent le peuple, pas des carriéristes en quête de prestige et de privilèges.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













