Au Rwanda, une femme qui ose défier le régime de Paul Kagame s’expose à une répression brutale. Victoire Ingabire en est l’illustration tragique : candidate potentielle à l’élection présidentielle de 2010, elle a été emprisonnée, torturée et réduite au silence pour avoir simplement tenté d’incarner une alternative politique.
Pendant ce temps, dans l’Est de la RDC, les femmes subissent des violences inhumaines infligées par des milices rwandaises, dans une indifférence internationale scandaleuse. Dans cette région, les femmes portent seules le fardeau de la résistance face à la tyrannie et à la barbarie. Pourtant, leur courage est étouffé par un silence coupable, celui des féministes et des démocraties occidentales, qui préfèrent se draper dans une “neutralité” complice.
En 2010, Victoire Ingabire, leader du parti FDU-Inkingi, rentre d’exil pour se présenter contre Paul Kagame. Son crime ? Avoir osé demander que justice soit rendue pour toutes les victimes des massacres des années 1990, y compris les Hutus modérés. Immédiatement, le régime l’accuse de “négationnisme” et de “divisionnisme” – des accusations fourre-tout utilisées pour criminaliser toute opposition.
Emprisonnée en 2010, elle est condamnée à 15 ans de prison après un procès truqué où aucune preuve crédible n’est présentée. Isolée, privée de soins, elle subit des pressions psychologiques constantes pour la briser. Comme Victoire Ingabire, Diane Rwigara, fille d’un ancien financier du FPR, tente de se présenter en 2017. Le régime invente des faux prétextes (signatures invalides, documents manquants) pour la disqualifier.
Pire, des photos truquées d’elle nue sont diffusées pour l’humilier. Emprisonnée avec sa mère et sa sœur, elle est accusée d’”incitation à l’insurrection” avant d’être finalement acquittée sous pression internationale – mais toujours menacée . Le message est clair : “Une femme qui défie Paul Kagame sera détruite.” Depuis 30 ans, les milices rwandaises comme le RDF/M23 utilisent le viol comme arme de destruction massive.
Des morceaux de bois, des machettes, des pierres… Tout est utilisé pour mutiler et humilier. Des centaines de milliers de survivantes souffrent de fistules, de dépression et de rejet social. Malgré la terreur, les Congolaises manifestent, dénoncent, soignent les blessés. Leur combat est ignoré parce qu’il dérange. Avant la chute de la ville en 2012, des milliers de femmes ont marché contre l’invasion rwandaise, souvent dispersées dans le sang.
L’ONU, les ONG féministes et les gouvernements occidentaux minimisent ces crimes, préférant célébrer le “miracle économique” rwandais. Paul Kagame est présenté comme un modernisateur, un champion des femmes dans un féminisme de façade. Si 61% des députés rwandais sont des femmes, elles n’ont aucun pouvoir réel – juste un rôle décoratif. Les bailleurs de fonds ferment les yeux sur la répression.
Les massacres en RDC préservent leurs intérêts économiques. Depuis l’attentat du 6 avril 1994 (qui a déclenché le génocide), la communauté internationale a choisi son camp : celui des bourreaux. Ceux qui se taisent devant les violences faites aux femmes congolaises sont aussi coupables que les agresseurs. Il est temps de sanctionner le Rwanda : Gel des avoirs, embargo militaire, poursuites pour crimes contre l’humanité.
Il faut soutenir les femmes résistantes : Congolaises et Rwandaises méritent une solidarité active, pas des discours hypocrites et exiger la vérité sur les massacres en RDC, sur la répression au Rwanda. La question n’est pas : “Pourquoi ces femmes se battent-elles ?” Mais : “Pourquoi les laissons-nous seules dans ce combat ?”
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













