Le dimanche 22 juin 2025, 17 civils congolais étaient sommairement exécutés à Munzinzi (Sud-Kivu) par une coalition RDF/AFC/M23, selon un communiqué des FARDC. Ces morts s’ajoutent à une litanie de massacres attribués aux forces rwandaises dans l’indifférence générale dans une région où le dépeuplement systématique et l’horreur sont érigés en stratégie de guerre.
Pourtant, malgré les preuves, les rapports accablants et les cris des survivants, l’indignation internationale reste sélective, les autorités congolaises souvent impuissantes – ou complices – et la justice, une illusion lointaine. L’Est de la RDC saigne sous les massacres rwandais tandis que le monde détourne les yeux. Le Rwanda/M23 est une machine à tuer méthodique.
Le Massacre de Munzinzi (juin 2025) est un modèle répétitif. Les FARDC accusent le Rwanda/M23 d’avoir incendié des maisons et forcé les civils à fuir vers des positions militaires, une tactique éprouvée pour vider les zones de leurs habitants. Ces exactions s’inscrivent dans un schéma bien rodé pour punir les populations soupçonnées de soutenir les FARDC comme lors des massacres de Kishishe (2022) ou Kipupu (2023).
Après le génocide des Rwandais en 1994, Paul Kagame a exporté sa violence en RDC sous couvert de traquer les génocidaires. Résultat : près de 12 millions de morts, des fosses communes au Nord-Kivu, et des crimes qualifiés de “limite du génocide” par l’ONU. Le rapport Mapping de l’ONU (2010) documente 617 incidents de massacres, impliquant directement l’armée rwandaise et l’AFDL (1996-1997), puis le RCD (1998-2003).
Le RDF/M23, ce prolongement naturel de l’armée rwandaise sur le territoire congolais, a reproduit les mêmes méthodes : déplacements forcés, viols massifs, exécutions sommaires. Leur réémergence en 2021 a relancé le cycle infernal, avec des centaines de milliers de déplacés avec le dépeuplement des populations autochtones et un repeuplement des populations venues du Rwanda comme stratégie clé.
Vider la terre pour contrôler les ressources est un des objectifs majeurs poursuivis. L’Est congolais, riche en minerais (or, coltan), est ciblé pour son potentiel économique. Les massacres servent à chasser les populations et faciliter l’exploitation illégale. Les chiffres sont éloquents. Entre 1998 et 2004, 98 % des morts étaient dues aux conséquences indirectes de la guerre (malnutrition, maladies), preuve d’un dépeuplement systémique.
La lâcheté des élites congolaises révulse. Le niveau de traîtrise au sein des institutions étonne par son ampleur. Certains dirigeants congolais ont préféré négocier avec les bourreaux plutôt que de les affronter. La passivité face aux attaques du RDF/M23 en est la preuve. Le procès devant la Cour africaine (RDC vs Rwanda, 2023) reste un leurre : seuls 10 % des décisions de cette cour sont appliquées.
L’ONU, malgré ses rapports accablants (Mapping), n’a jamais traduit en justice les principaux responsables. La France (Opération Turquoise) et la Belgique ont été accusées d’avoir facilité la fuite de génocidaires vers le Zaïre en 1994, alimentant les futurs conflits. La RD Congo est devenu un champ de bataille oublié. Le massacre de Munzinzi n’est pas un incident isolé, mais un maillon d’une chaîne de violence orchestrée depuis 30 ans.
Tant que la communauté internationale fermera les yeux sur le rôle du Rwanda, tant que les élites congolaises préféreront les compromis à la justice, le carnage continuera. Les Congolais méritent mieux que d’être les victimes silencieuses d’un génocide à bas bruit. On tue en RD Congo comme on respire – dans l’indifférence générale et dans une impunité totale.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













