Jean Bakomito Gambu n’est pas seul. Derrière le gouverneur inerte se cache une nuée de frères, cousins et neveux qui, visiblement, croient que le Haut-Uélé est un titre de propriété familial à exploiter jusqu’à la moelle. Un an et demi après son intronisation, la province ne se relève pas – elle s’agenouille. Les territoires de Niangara, Dungu, Wamba, Watsa et Faradje sont réduits à l’état de fiefs négligés.
Tandis que le clan Bakomito semble plus occupé à se partager les miettes du pouvoir qu’à servir une population au bord de l’asphyxie. Le Haut-Uélé est-il une province congolaise ou une succession héréditaire ? Malgré les routes en ruine, les frères du Gouverneur menacent à gauche, insultent à droite et promettent la prison à quiconque ose poser la question sur la gestion des finances publiques.
Pendant que les populations se battent contre des pistes impraticables, les “frères” biologiques mais aussi les amis du soir de Jean Bakomito Gambu, eux, parcourent le monde en quête de “partenariats” qui n’arrivent jamais. La RN26 ? Un cauchemar. Les mines de Watsa ? Pillées sous le regard bienveillant d’oncles bien placés. Il y a des petits cousins sortis de nulle part qui pensent gravir le mont Blanc par la face Nord pour veiller aux grains sur les réseaux sociaux.
Le ministre Muhindo Nzangi vante Kibali Goldmines comme un modèle, mais qui contrôle réellement les comptes ? Certainement pas le gouverneur, trop occupé à installer ses proches dans des postes fantômes. Les seules routes en bon état sont celles qui mènent aux résidences secondaires de la famille. C’est la stratégie de l’enclavement rentable. Le code minier devient ainsi un arbre généalogique.
Bakomito promet la “rigueur” contre les coopératives illégales, mais ferme les yeux quand son petit frère négocie des permis avec des Chinois en catimini. 17 morts dans des puits clandestins ? Des rivières empoisonnées ? Peu importe, l’important est que les royalties atterrissent sur le bon compte. Mines, magouilles et héritiers voraces, un Bakomito ne vole pas dit un dicton à Isiro. Il hérite par l’alliance de Gombe.
Pas de médecins à Makoro ? Normal, le poste de directeur de l’hôpital est réservé à un neveu en formation… depuis cinq ans. Les écoles sans toit ? Une opportunité pour le beau-frère, “entrepreneur” en matériaux de construction, qui facture des réparations jamais réalisées. Même les épidémies doivent patienter – le budget santé est “en cours de validation familiale” à Wamba.
Les “consultations” de Bakomito ? Une mascarade. Les vrais conseils se tiennent autour d’un repas de famille, où l’on décide qui reçoit quel marché public. À Durba, l’assassinat d’un opérateur économique gênant n’a pas ému le gouvernorat – après tout, il n’était pas de la fratrie et ne contribuait pas à la cagnotte clanique. Où sont passés les fonds de la décentralisation ? Certainement dans les comptes offshore des héritiers.
Jean Bakomito Gambu adore poser avec les FARDC ou Kibali Goldmines, mais évite soigneusement les villages où l’on meurt de faim. Pendant ce temps, ses frères organisent des séminaires luxueux sur “le développement”… dans des hôtels qu’ils possèdent. Un “plan de relance agricole” confié au cousin qui n’a jamais mis les pieds dans un champ. Le Haut-Uélé mérite t-il une famille ou un Gouvernement ?
Il est temps de rappeler aux Bakomito que le Haut-Uélé n’est pas une ferme à hériter, mais une province à servir. Exigeons la fin des nominations claniques, la saisie des biens mal acquis et un procès pour détournement de province. La patience des populations a des limites. Mais apparemment, pas celle de la famille du Gouverneur. Si Jean Bakomito Gambu veut vraiment un “héritage”, qu’il commence par construire des routes au lieu de dynasties.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












