La torpeur qui enveloppe souvent les arcanes du pouvoir provincial à Isiro a été violemment déchirée ce mercredi 26 novembre 2025. Non pas par un sursaut de développement tant attendu, mais par l’acte courageux de quatre députés provinciaux qui, brandissant l’étendard de la défiance, ont déclaré la guerre à la médiocrité institutionnalisée. Leur cible : le Gouverneur Jean Bakomito Gambu.
Leur accusation : un cocktail détonant de clientélisme, d’incompétence et de mauvaise gouvernance. Leur motion est un électrochoc salutaire, une bouffée d’oxygène dans une province qui étouffe sous le joug d’une administration fantomatique. L’initiative des honorables Prosper Salomon Madilu Motugbu, Jacques Sangba, Siuka Makofi et Bismick Boele est bien plus qu’une simple manoeuvre parlementaire.
C’est un acte de salubrité publique. Dans un paysage politique souvent caractérisé par une complaisance silencieuse, ces quatre élus ont choisi de rompre le jeûne de la complicité. Ils ont posé des mots justes sur un mal-être profond : le Haut-Uélé, terre riche de potentialités, se meurt sous la direction d’un pilote qui semble avoir perdu jusqu’à la carte de sa destination. Les griefs, lourds et précis, ne tombent pas sous le coup du hasard.
Le clientélisme érigé en système de gouvernement a réduit la province à un champ de chasse réservé à une coterie. La gestion par un cercle fermé d’amis a confisqué la chose publique au profit de quelques-uns, reléguant l’intérêt général au rang de concept obsolète. L’incompétence dans la gestion publique est devenue la marque de fabrique d’un exécutif dont les réalisations sont aussi visibles que les fruits d’un arbre stérile.
Enfin, et c’est peut-être l’accusation la plus cinglante, la désorientation de la vision du Chef de l’État Félix Tshisekedi. Alors que Kinshasa prône le changement et la rupture, le gouvernorat de Jean Bakomito semble naviguer à contre-courant, perdu dans les brumes d’une pratique archaïque du pouvoir. Cette motion est donc un ré-alignement nécessaire, un rappel à l’ordre démocratique qui honore ses signataires et redonne espoir à une population abandonnée à son sort.
Face à la tempête, quel est le son de la cloche de l’exécutif ? Un silence assourdissant. Ce mutisme des « proches collaborateurs » du gouverneur, préférant l’anonymat à la contradiction, est plus éloquent qu’un long discours. Il est l’aveu tacite d’une impuissance à se défendre, le constat d’un bilan si vide qu’aucun argument ne peut le remplir. Que peut-on répondre, en effet, à des accusations qui résonnent chaque jour dans les rues de Wamba, de Rungu, de Dungu et dans tout le Haut-Uélé ?
Que peut-on opposer au constat unanime d’une administration paralysée, d’un développement en berne et d’une jeunesse en perte d’horizon ? Le silence de Jean Bakomito est la confirmation que la motion de défiance ne tombe pas dans le vide ; elle frappe à la porte d’un pouvoir déjà vacant. L’appel lancé aux autres députés provinciaux à voter cette motion “à l’unanimité” n’est pas une simple formule de procédure. C’est un impératif catégorique.
Se cacher derrière des lâchetés partisanes ou des calculs politiciens face à un tel naufrage serait une trahison du serment fait au peuple. Chaque vote en faveur du statu quo serait un coup de pioche de plus dans la tombe des espoirs du Haut-Uélé. La province mérite mieux que le règne de l’ami du cousin du conseiller. Elle mérite de l’efficacité, de la transparence et une gouvernance tournée vers ses enfants. La motion des quatre députés n’est pas une crise ; elle en est la solution.
Le départ de Jean Bakomito Gambu n’est pas une fin en soi, mais le commencement indispensable d’une renaissance. L’Histoire, et surtout le peuple du Haut-Uélé, regardent et jugent. L’Assemblée provinciale tiendra-t-elle son rôle de contre-pouvoir, ou se contentera-t-elle d’être le choeur complice d’un pouvoir en déroute ? Le vote qui s’annonce sera bien plus qu’un simple décompte de voix ; il sera le thermomètre de la vitalité démocratique de toute une province.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













