Les déclarations de Vivian Van de Perre sur le conflit en RD Congo illustrent une méprise catastrophique qui légitime l’agression rwandaise. Alors que Goma, capitale du Nord-Kivu, vit à l’heure du couvre-feu imposé par le RDF/M23, les briefings de la représentante onusienne Vivian Van de Perre dessinent une réalité à deux vitesses.
D’un côté, elle documente l’avancée meurtrière des rebelles « soutenus par le Rwanda » ; de l’autre, elle entretient le flou sur leur nature, qualifiant le conflit de « problème intra-congolais ». Une contradiction qui, loin d’être sémantique, sert de cache-sexe à une annexion déguisée et à un échec diplomatique criant. Dans ses interventions devant le Conseil de sécurité, Vivian Van de Perre dresse un tableau apocalyptique de la situation.
Plus de 178 000 personnes déplacées, des morts par milliers, des bases de la MONUSCO elles-mêmes touchées par des mortiers, et une mission de paix débordée qui doit gérer la reddition de soldats gouvernementaux. Elle rappelle que les Casques bleus sont une “bouée de sauvetage” pour les civils, tout en admettant leur impuissance face à la machine de guerre du RDF/M23 et du Rwanda.
Pourtant, la ville présente une façade surréelle. La journées, les marchés sont ouverts, la ville est propre. La nuit tombée, les miliciens du M23 mènent des rafles maison par maison pour traquer les résistants Wazalendo . C’est cette schizophrénie que décrit Van de Perre elle-même : « Goma de jour et Goma de nuit » . Une dichotomie qui semble s’être infiltrée dans le discours officiel de l’ONU.
La position de la diplomate onusienne cristallise l’ambiguïté mortifère de la communauté internationale. D’un côté, les faits sont têtus et connus de tous : les rapports du Groupe d’experts de l’ONU, année après année, documentent le soutien critique du Rwanda au RDF/M23, allant jusqu’à estimer la présence de 4 000 soldats rwandais sur le sol congolais, équipés de drones et de véhicules blindés.
Les RDF auraient même le “contrôle opérationnel de facto” du mouvement terroriste. Comment, dès lors, peut-on encore parler de problème intra-congolais ? Cette formulation de Vivian Van de Perre est un aveuglement stratégique. Elle revient à qualifier de guerre civile ce qui s’apparente de plus en plus à une invasion. Cette lecture ignore la stratégie de long terme du Rwanda et des multinationales qui pillent la RDC avec Kagame.
La stratégie de Kigali consiste non seulement à déstabiliser militairement l’Est du Congo, mais aussi à en modifier la démographie en dépeuplant des territoires entiers pour les repeupler. Tous les observateurs notent que le RDF/M23 a changé de méthode. Il ne se contente plus de conquérir ; il administre. Il met en place des structures politiques, recycle les soldats congolais vaincus et contrôle les sites miniers les plus lucratifs, comme la mine de coltan de Rubaya.
Le groupe générerait 800 000 dollars par mois rien qu’en taxes sur le coltan . Ce n’est pas une rébellion, c’est la mise sous tutelle économique et politique d’une région par un État voisin, avec la bénédiction implicite d’une diplomatie internationale paralysée. L’échec à contenir le Rwanda ne tient pas à un manque de preuves, mais à un manque de courage politique. En 2012, les bailleurs de fonds avaient suspendu leur aide au Rwanda en quelques mois.
Aujourd’hui, malgré une implication bien plus massive, aucun pays n’a suspendu son aide. Pis, l’Union européenne a annoncé près d’un milliard d’euros d’investissements via son “Global Gateway” et a même versé 43 millions d’euros à l’armée rwandaise pour ses opérations au Mozambique, sans garantie que cet équipement ne soit pas détourné vers le Congo. Le Rwanda s’est rendu indispensable.
Son armée est le deuxième plus gros contributeur aux opérations de paix de l’ONU, une source de revenus et d’influence diplomatique. Il est perçu par des puissances comme la France ou les États-Unis comme un partenaire stable face aux milices russes en Centrafrique. Dans ce grand jeu géopolitique, le sort des Congolais devient une variable d’ajustement. Les appels répétés de Vivian Van de Perre à une solution politique sonnent creux face à la réalité sur le terrain.
Tant que la communauté internationale, à travers les déclarations de ses représentants, refusera de nommer l’agression du Rwanda pour ce qu’elle est – une atteinte flagrante à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la RDC –, toute initiative de paix sera vaine. Qualifier le conflit de “problème intra-congolais et régional”, c’est valider la fiction rwandaise selon laquelle il s’agit d’une affaire interne.
C’est nier la préméditation, l’approvisionnement et le commandement venus de Kigali. C’est, enfin, se rendre complice par la langue d’une tragédie qui a déjà fait des milliers de morts et qui menace de plonger toute l’Afrique centrale dans un nouveau conflit aux proportions cataclysmiques. La « méprise » n’est plus permise ; elle est criminelle.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













