Dans le théâtre tumultueux de la sécurité en RD Congo, où chaque mot est une balle et chaque geste une stratégie, un homme incarne une vertu trop souvent reléguée au second plan : la loyauté discrète et inébranlable. Le Lieutenant-Général Jules Banza Mwilambwe, Chef d’État-Major Général des FARDC, n’est pas un faiseur de discours tonitruants ni un amateur de caméras.
Il est l’archétype du soldat-état-major, une force calme et calculée dont le choix par le Commandant Suprême des FARDC, le Président de la République, Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a été un message en soi : en temps de guerre, on ne suit pas les bruyants, on suit les fiables. La récente polémique née des déclarations d’un certain Honoré Kabongo à Uvira est moins une controverse qu’une révélation.
Elle met en lumière le fossé abyssal qui sépare le monde des commentaires politiques improvisés de celui, rigoureux et mortellement sérieux, de la conduite de la guerre. Alors qu’on aurait pu s’attendre à ce que les FARDC ignorent simplement des propos jugés inconséquents, la mise au point ferme et détaillée publiée le 14 septembre est significative. Elle ne défend pas seulement un homme ; elle défend une doctrine.
La mise au point du Porte-parole de l’État-Major Général des FARDC, le Général Major Ekenge Bomusa Efomi Sylvain, l’établit avec une clarté cristalline : le Général Jules Banza a été choisi “sur base de la loyauté”. Dans un contexte où les allégeances peuvent être fluctuantes, cette phrase résonne comme un coup de tonnerre. Elle rappelle que la première qualité d’un chef militaire n’est pas son audace médiatique, mais sa fidélité absolue à la chaîne de commandement et à la Constitution.
Cette loyauté, le Général Jules Banza Mwilambwe l’a prouvée en restant à son poste, “même après le départ du Chef de la Délégation”, démontrant une constance qui dépasse les individus pour se consacrer à l’institution et à la Nation. Cette vertu est l’antithèse même de la politique spectacle. Elle est le ciment invisible qui maintient l’armée debout face à l’agression. Il existe pourtant un rituel militaire contre le bruit médiatique.
Les critiques portant sur sa supposée absence ou son silence lors de la cérémonie publique témoignent d’une méconnaissance profonde de la nature même de l’institution militaire. Les FARDC le rappellent avec une rigueur implacable. Il n’y a qu’un seul Commandant Suprême. Le Général Jules Banza n’est et ne prétend jamais être son “adjoint”. Cette précision hiérarchique est fondamentale et balaie toute velléité d’interprétation politicienne.
La discipline n’est pas de la soumission, mais de l’intelligence. Un général ne s’immisce pas dans le discours protocolaire d’un Vice-Premier Ministre, surtout lorsque la “primeur” des informations est réservée au Président de la République. Parler eût été une faute grave. Se taire était un acte de discipline et de respect de l’ordre établi. La véritable efficacité est discrète.
Tandis que certains cherchent les projecteurs, le Général Jules Banza a conduit l’essentiel : une réunion opérationnelle, “sans tambours ni trompettes”, avec les FARDC et les WAZALENDO dans “la salle des réunions du Secteur Opérationnel”. Là, hors des caméras et des micros, se sont sans doute jouées la coordination, la stratégie et la motivation réelles des troupes. Vouloir filmer cela, comme le suggère amèrement la note, “pour renseigner l’ennemi”, est d’une inconséquence criminelle.
En cela, le Général Jules Banza Mwilambwe est exceptionnel. Dans une ère où tout leader est sommé d’être un communicant, lui incarne le contre-exemple absolu. Son refus de jouer le jeu médiatique est une force tactique. Son silence n’est pas un vide ; c’est un rempart. Il renvoie ses détracteurs, comme Honoré Kabongo, à leur propre impuissance : comment critiquer ce que l’on ne comprend pas, faute de “notion de base sur le service militaire” ?
La charge des FARDC est sans équivoque : le discours de Monsieur Kabongo “sert, par ricochet, la cause de l’agresseur”. C’est une accusation grave qui situe le débat non plus sur le terrain de la petite polémique, mais sur celui de la sécurité nationale. Elle dessine une ligne rouge claire : la désunion est une arme que l’on offre à l’ennemi. Le Lieutenant-Général Jules Banza Mwilambwe ne sera probablement jamais un héros de clip vidéo viral.
C’est précisément pour cela qu’il est crucial. Il représente une armée qui se veut professionnelle, disciplinée et unie, où l’on travaille dans l’ombre des salles d’état-major et sur le front, pas sur l’estrade des meeting politiques. Sa force est de comprendre que les vraies batailles ne se gagnent pas par des mots sur une place publique, mais par des actes dans le secret nécessaire à l’efficacité militaire.
Dans le vacarme de la guerre hybride menée par le Rwanda et qui frappe notre pays, son silence stratégique et sa loyauté absolue sont peut-être les armes les plus percutantes dont dispose la République démocratique du Congo. C’est l’éloge non pas d’un homme, Chef d’État-Major soit-il, mais d’une méthode : celle qui préfère, pour vaincre, le calme de l’état-major au tumulte de l’agora.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













