Il est des associations dont l’acronyme suave et la charte graphique apaisante sentent moins l’hôpital de campagne que le bureau d’études géopolitiques. La Mahoro Peace Association est de celles-là. Depuis les confins feutrés des think tanks de Washington, très loin des odeurs de poudre et de la latérite du Kivu, cette officine déroule un tapis de vertu humanitaire qui pue la propagande à plein nez.
Il faut une bonne dose de cynisme ou une naïveté calculée pour présenter comme une œuvre de “paix” une structure dont la seule activité observable consiste à dégainer des communiqués calibrés comme des munitions diplomatiques. Quand le gouvernement de Kinshasa, par la voix de Patrick Muyaya, dénonce une instrumentalisation éhontée de la communauté Banyamulenge, Mahoro Peace répond par un concert de sanglots larmoyants sur les “droits humains”.
Une ritournelle bien huilée qui vise moins à secourir des vies qu’à verrouiller un narratif taillé sur mesure à Kigali. Ici, pas de dispensaire ni de sacs de riz. Seulement une guerre de l’information menée à 11 000 kilomètres du front, en costume-cravate. La ficelle est grosse mais la mise en scène, il faut le reconnaître, est sophistiquée. L’association se drape dans la défense des Banyamulenge pour mieux les transformer en bouclier humain rhétorique.
Là où le Rwanda de Paul Kagame a compris qu’un soldat des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) est moins redoutable qu’un lobbyiste bien introduit au Congrès américain, Mahoro Peace fait office de bras armé discursif. C’est l’ingénierie de l’ingérence poussée à son paroxysme : on instrumentalise une identité communautaire réelle, aux souffrances historiques indéniables, pour en faire le cheval de Troie d’une ambition régionale hégémonique.
Le message subliminal est clair : l’État congolais serait un bourreau, et Kigali, le protecteur naturel de ces “Congolais à part”. La RDC a pourtant répété, martelé, hurlé son attachement viscéral à sa souveraineté et son refus de voir ses compatriotes Banyamulenge transformés en monnaie d’échange ou en prétexte à une nouvelle balkanisation. Mais à Washington, le son des balles réelles couvert par le chuchotement feutré du lobbying humanitaire, cette vérité-là semble trop prosaïque pour les oreilles sensibles.
Ce qui se joue dans ces colloques ouatés est le prolongement exact, quoique moins sanglant, de la guerre qui ravage l’Est. Une guerre où les trophées sont des motions de soutien, des rapports d’ONG complaisantes et des tribunes dans la presse anglo-saxonne. Patrick Muyaya a eu le tort, ou le courage, de pointer du doigt cette mécanique vicieuse, et voilà que Mahoro Peace s’étrangle en coulisses, jouant la carte de la victime persécutée pour étouffer le débat de fond.
La scène est surréaliste : une prétendue ONG de paix, financée on ne sait par quels canaux opaques, qui accuse un ministre d’être un pyromane parce qu’il ose montrer l’incendie. C’est le monde à l’envers. L’urgence humanitaire à l’Est du Congo n’a que faire de ces pleureuses professionnelles payées pour brouiller les pistes. Les vrais défenseurs des droits humains sont dans les camps de déplacés de Goma ou de Bukavu, pas dans les salons VIP de Washington DC, à servir un thé tiède aux relais d’influence d’un régime étranger.
Tant que l’on traitera les conséquences (le drame humanitaire) en ignorant la cause (l’agression et l’ingérence narrative), Mahoro Peace pourra plastronner. Mais à Kinshasa, on sait désormais qu’à défaut d’avoir vaincu sur le champ de bataille, le Rwanda tente de gagner la guerre des consciences en louant, à crédit, une vertu humanitaire qu’il piétine allègrement chez son voisin.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













