Dans un pays où la justice semble parfois être une notion abstraite, le Ministère de la Justice de la RDC se distingue par son audace à détourner l’essence même du nationalisme congolais. À qui la faute lorsque le fruit du travail acharné de la Caisse Générale d’Épargne du Congo (CADECO), une banque entièrement congolaise, est offert en pâture à une institution étrangère comme la Rawbank ?
Il est vrai que le cynisme peut frapper comme un coup de tonnerre dans un ciel déjà chargé de nuages sombres. Le ministre d’État en charge de la Justice Constant Mutamba Tungunga, en véritable héros des temps modernes portant le nationalisme de façade en bandoulière, a pris la décision de confier le marché des paiements des justiciables congolais à une banque étrangère à l’occurrence la Rawbank.
Alors même que la CADECO, après des efforts titanesques pour renaître de ses cendres, se battait pour générer une activité économique salvatrice. Quel paradoxe ! Qui aurait cru que cet homme qui se présente publiquement en incorruptible défenseur du nationalisme congolais se transforme en fossoyeur du seul bastion bancaire congolais encore debout ?
Il est aisé de faire des discours flamboyants sur la défense des intérêts nationaux et de la lutte contre la corruption lorsque l’on est confortablement assis au sommet d’une pyramide de privilèges. Mais quand il s’agit de passer à l’action, le même ministre d’État en charge de la Justice semble oublier que le patriotisme ne se limite pas à des déclarations enflammées.
La Première Ministre, Judith Suminwa Tuluka, se voit dans l’obligation de jouer les pompiers de service pour réparer une injustice aussi flagrante que celle-ci. Et que dire du Président de la République, qui avait bâti sa campagne sur la défense des intérêts nationaux contre les intrusions étrangères ? Il est temps qu’il prenne conscience de la situation et qu’il agisse.
Laisser des intérêts étrangers s’approprier un marché vital, c’est tout simplement renier les promesses faites à son peuple. Étant donné que ce dossier du paiement des frais judiciaires à la CADECO a déjà été traité en amont en conseil des ministres. C’est Jean-Lucien Bussa ministre du Portefeuille qui en a été l’initiateur dans le cadre de son combat pour redorer le blason des entreprises publiques congolaises.
Il est indéniable que la CADECO mérite un soutien sans faille. Elle incarne le rêve d’une autonomie financière et d’un développement économique que tous les Congolais aspirent. Les autorités doivent se ressaisir et faire preuve de patriotisme, car céder devant des intérêts étrangers ne fait que renforcer le sentiment d’abandon et de trahison qui ronge le cœur de la nation.
Ce qui se joue ici n’est pas qu’une simple question de marché, mais bien une question d’identité, de souveraineté et de dignité nationale. Le Ministère de la Justice, en confiant un marché vital à une banque indienne en lieu et place de notre institution nationale pourtant mieux implantée, commet une faute impardonnable dont les conséquences pourraient se répercuter sur des millions d’emplois.
Il est grand temps que le patriotisme prenne le pas sur les intérêts personnels et que la CADECO retrouve sa place au cœur de l’économie congolaise. Comment imaginer un seul instant faire de nouveaux millionnaires Congolais lorsque la seule banque congolaise gérant l’épargne nationale n’est plus en mesure d’octroyer des crédits aux entrepreneurs nationaux ? Après tout, il n’est jamais trop tard pour bien faire.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













