Pour la première fois depuis des décennies, une guerre majeure au Moyen-Orient éclate sans impliquer directement un pays arabe. Le conflit ouvert entre Israël et l’Iran, déclenché en juin 2025, a révélé une réaction inédite dans les sociétés arabes : un mélange de soulagement cynique, de jubilation morbide et de lassitude profonde.
Alors que les missiles zèbrent le ciel nocturne, les réseaux sociaux regorgent de vidéos de fêtes libanaises où les frappes servent de fond sonore aux noces, tandis que les commentaires oscillent entre « karma » pour Tel-Aviv et méfiance envers Téhéran. Pour beaucoup au Liban, en Irak ou en Jordanie, le conflit Israël-Iran est perçu comme une « guerre des autres » parce qu’aucun pays arabe n’est impliqué.
Après des décennies de conflits régionaux ayant ravagé leurs pays (guerres israélo-arabes, invasions américaines, printemps arabes), cette distanciation inattendue provoque un sentiment de délivrance. Ce soulagement est teinté d’ironie. Une partie de la jeunesse arabe partage une « joie mauvaise » à voir deux ennemis historiques s’entre-déchirer. Israël, honni pour son offensive à Gaza et son invasion récente du Liban.
L’Iran, dont les milices (Hezbollah, Houthis) ont ensanglanté la région, assassiné des leaders politiques comme l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri et pillé les budgets nationaux, suscite cette fracture des perceptions. Israël est-il le bourreau « puni » ? Sur les plateformes arabes, les images de missiles sur Haïfa sont accueillies par des commentaires comme « Gaza se venge ».
Pour certains, c’est une justice symbolique après 20 mois de bombardements israéliens sur la bande de Gaza. Mais l’enthousiasme est mitigé. L’Iran, malgré son opposition à Israël, est perçu comme un manipulateur, un allié toxique. Son soutien aux milices chiites a exacerbé les fractures sectaires (ex. : guerre Yémen). Ses ingérences en Irak et au Liban sont dénoncées comme une colonisation perse par des médias sunnites.
Pour les Saoudiens : « Ils défendent Jérusalem ? Non, ils veulent juste Téhéran sur la Méditerranée ». L’épuisement des peuples arabes ont abouti à une neutralité forcée. Entre les pro-Iran et les pro-Israël (soutenus discrètement par l’Arabie saoudite et les Émirats ), une majorité silencieuse exprime une lassitude profonde. Ils sont fatigués d’être le terrain de jeu des puissances.
Cette guerre révèle aussi l’échec des régimes arabes. Ils sont incapables de protéger leurs citoyens et sont réduits au rôle de spectateurs. Il y a aussi la mémoire des trahisons. L’Iran a abandonné Bachar al-Assad en Syrie ; Israël a rompu tous les accords de paix. Ce conflit pourrait réveiller les vieux démons. Malgré la neutralité apparente, le risque d’embrasement subsiste.
Le Hezbollah, bien qu’affaibli, pourrait relancer des attaques depuis le Liban. Les monarchies du Golfe, bien que discrètement alliées à Israël contre l’Iran, craignent une escalade régionale. Le monde arabe regarde ce conflit comme un film catastrophe où, pour une fois, il n’est pas acteur. Mais derrière les rires nerveux et les vidéos de missiles partagées comme des feux d’artifice, se cache une vérité cruelle.
La paix est un parfum que l’on ne peut verser sur autrui sans en recevoir quelques gouttes. Le sage construit des ponts, tandis que le fou dresse des murs. Cette guerre pourrait finir par les engloutir tous. Aujourd’hui, c’est leur tour. Demain, ce sera encore le nôtre. Personne ne pleure pour l’Iran ou Israël. Mais tout le monde a peur de ce qui viendra après.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













