Le Ministre rwandais des Affaires Étrangères, Olivier Nduhungirehe, a récemment qualifié de “stupides” les allégations de génocide en RD Congo, en déclarant : “Un génocide contre qui ? Des groupes ethniques non-Tutsis ? Tous ? Comprenez-vous à quel point cette proposition est stupide” . Cette déclaration soulève une question troublante : les Tutsis auraient-ils l’exclusivité de la reconnaissance des atrocités massives ?
Une rhétorique qui, sous couvert de défense légitime, banalise les souffrances des autres populations et entretient un cycle de violence régionale. Le Rwanda a effectivement vécu un génocide effroyable en 1994, où environ 800 000 rwandais ont été systématiquement exterminés. Cependant, instrumentaliser cette tragédie pour nier les crimes actuels en RDC est une insulte à la mémoire des victimes passées et présentes.
Depuis 1996, la région du Kivu est le théâtre de violences ethniques complexes, impliquant des groupes armés comme le RDF/M23 (soutenu par le Rwanda selon l’ONU) et les FDLR. Les guerres en RDC ont fait plus de 6 millions de victimes, toutes ethnies confondues. Nier la possibilité d’un génocide contre les Congolais revient à effacer cette réalité macabre dans une hiérarchisation indécente des victimes. Olivier Nduhungirehe sous-entend que seuls les Tutsis peuvent être victimes de génocide.
Cette vision est non seulement fausse juridiquement, mais aussi moralement répréhensible. La Convention de 1948 sur le génocide ne mentionne aucune exclusivité ethnique. Elle criminalise l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. En RDC, les communautés Hutu, Twa, et d’autres groupes sont ciblées par des violences systématiques. Par exemple, des officiers du RDF/M23 sont accusées de nettoyage ethnique contre les Hutus.
Paul Kagame utilise le passé douloureux du Rwanda pour justifier des interventions agressives en RDC, tout en réprimant toute critique interne. Le Rwanda pille les minerais de l’Est de la RDC (or, coltan) via des milices proxy. Au Rwanda, les lois contre le “divisionnisme” servent à museler l’opposition et à étouffer les débats sur les crimes commis par le FPR en 1994.
Alors que le Rwanda dénonce les FDLR (génocidaires Hutus réfugiés en RDC), il soutient simultanément le M23, une milice Tutsi responsable de massacres. Nier la possibilité d’un génocide en RDC aggrave les risques de nouvelles atrocités. Le discours de Nduhungirehe alimente la polarisation entre Tutsis et non-Tutsis, reproduisant les schémas qui ont mené au génocide rwandais.
Les accords de paix échouent car ils ignorent la complexité des violences ethniques et l’implication des voisins . Absoudre les auteurs de crimes au nom de leur appartenance ethnique perpétue un cycle de vengeance. La souffrance des Tutsis rwandais en 1994 ne doit pas devenir un laissez-passer pour infliger de nouvelles souffrances aux autres. Le monde doit refuser toute hiérarchisation des victimes et reconnaître que le génocide est un crime universel, non l’apanage d’un groupe.
Le Rwanda doit cesser son soutien aux milices en RDC. La CPI doit enquêter sur tous les crimes de guerre, sans distinction ethnique. La communauté internationale doit condamner les discours de déni, qu’ils viennent de Kigali ou d’ailleurs. La banalisation du mal commence par le refus de reconnaître l’humanité de l’autre.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













