Une liste de morts suspectes qui révèle une stratégie d’élimination systématique. Ils ont tous servi la même cause, mais leur sort a radicalement divergé. D’un côté, les Congolais non-Tutsis : André Kisase Ngandu, LD Kabila, Anselme Masasu Nindaga, Ernest Wamba dia Wamba, Gaetan Kakudji… Tous morts dans des circonstances troubles.
De l’autre, les Tutsis rwandais : James Kabarebe, Bosco Ntaganda, Sultani Makenga, Laurent Nkunda, Moïse Nyarugabo, Bizima Kahara, Azarias Ruberwa… Tous vivants, malgré trente ans de guerres sanglantes. Cette disparité n’est pas une coïncidence. Elle révèle une logique implacable. Les Congolais non-Tutsis servent de caution ethnique et politique. Ils donnent une légitimité “congolaise” à des rébellions orchestrées par Kigali.
Une fois leur utilité initiale épuisée, ils deviennent gênants. Leurs ambitions personnelles, leur base ethnique et leurs connaissances des dossiers en font des risques potentiels. Assassinats ciblés, morts “subites”, exécutions sommaires – les méthodes varient, mais le résultat est le même : l’élimination de toute voix capable de contrecarrer le projet de balkanisation de la RDC. Corneille Nangaa Yobeluo serait déjà sur la liste.
Pendant ce temps, les exécutants tutsis rwandais survivent et prospèrent. Leur loyauté à Kigali n’est pas en doute. Même un poids encombrant comme Bosco Ntaganda finit confortablement à la CPI plutôt que dans une fosse commune. Laurent Nkundabatware vit paisiblement à Kigali. Joseph Kabila représente l’exception qui confirme la règle : sa survie au pouvoir pendant 18 ans s’explique par son rôle de gestionnaire docile d’un État sous tutelle.
Trente ans après le début de cette tragédie, le constat est accablant : la liste des morts constitue à elle seule l’accusation la plus forte. Elle révèle une géopolitique de l’élimination où les alliés congolais sont jetables, tandis que les architectes rwandais du chaos survivent pour mener à bien leur projet. Cette disparité macabre entre complices congolais sacrifiés et commanditaires rwandais préservés dessine la carte sanglante d’une guerre d’usure.
Une guerre où la mort sélective est l’instrument d’une stratégie impériale : la RD Congo meurt par ses fils tandis que l’entreprise de démolition rwandaise contrôle sa pérennité grâce à l’impunité de ses exécutants qui sont promus à des fonctions importantes et stratégiques lors des négociations , révélant une géopolitique où la valeur de la vie humaine est déterminée par son utilité à un projet hégémonique et par son appartenance ethnique.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













