Dans un pays où les routes sont aussi dégradées que la confiance en ses institutions, le ministre d’État en charge de la Justice Constant Mutamba Tungunga, figure emblématique du populisme, semble plus préoccupé par son image et sa jeune carrière politique que par l’exercice objectif et rationnel de ses fonctions.
Une image résume à elle seule ce paradoxe : un cratère digne d’un aérolithe, d’un météorite ou d’un quelconque fragment de corps céleste qui a traversé l’atmosphère et atteint la croûte terrestre, trônant devant la prison centrale de Makala, où son Excellence Monsieur le ministre d’état s’est déjà rendu à trois reprises minimales, sans qu’aucune prise de conscience ne semble l’effleurer.
Cette situation témoigne d’un malaise plus profond : la confusion entre le rôle d’un ministre et celui d’un acteur de la justice. En tant que patron de son administration, le ministre d’état de la Justice, qui est pourtant avocat, est censé concevoir des stratégies visant à réduire les dysfonctionnements qui gangrènent le système judiciaire.
Toutefois, il semble ignorer que son rôle ne consiste ni à condamner ni à incarcérer, prérogatives qui incombent au parquet et au Procureur Général de la République. La justice ne peut être un jeu de société où les coups de théâtre et les effets d’annonce remplacent une politique pénale cohérente. En confondant sa fonction avec celle d’un pompier de service, le ministre cultive une illusion de contrôle.
En agissant comme un super-héros des réseaux sociaux plutôt que comme un véritable artisan de la justice, il désacralise le rôle des magistrats et donc du parquet. Dans ce contexte, il est préoccupant de voir un homme, qui n’a pas le don d’ubiquité, prétendre régler tous les problèmes en multipliant les apparitions médiatiques en lieu et place de régler les dysfonctionnements de son administration.
Les enjeux sont cruciaux. La justice et l’équité sont indissociables. Elles constituent les fondements d’une société saine. Or, en utilisant le système judiciaire comme un outil de communication, le ministre Constant Mutamba s’éloigne de ses responsabilités. Ce faisant, il alimente le cynisme d’une population déjà désillusionnée par des promesses non tenues.
La quête d’un ministre de la Justice devrait se concentrer sur une politique pénale rigoureuse, juste et équitable, plutôt que sur une gesticulation sans substance. Les citoyens aspirent à une justice qui ne soit pas seulement performative c’est-à-dire qui constitue simultanément l’acte auquel elle se réfère, mais qui respecte les principes fondamentaux de l’État de droit.
La solution réside dans une approche pragmatique, impliquant des réformes structurelles et un engagement à long terme pour restaurer la confiance dans le système judiciaire. Jusque-là, rien de sérieux n’est proposé sur le plan judiciaire qui soit à la hauteur des gesticulations constatées et du cynisme éhonté qui est servi au peuple congolais à toutes les sauces.
Le populisme au ministère de la Justice ne fait qu’accentuer les dysfonctionnements existants. Les attentes des citoyens dépassent largement les simples effets d’annonce et les likes sur les réseaux sociaux. Ce que le pays mérite, c’est un ministre qui travaille réellement pour la justice, qui bâtit des ponts plutôt que de laisser des cratères.
Dans un monde où la justice est devenue un spectacle, il est temps de rétablir la dignité et la responsabilité dans une fonction régalienne aussi essentielle. La justice n’est pas qu’une notion abstraite mais un besoin qui ne peut pas attendre demain. Où la justice règne, c’est à la liberté d’obéir alors que l’injustice est muette. Elle est le dernier rempart car le seul droit du plus faible.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













