Autres temps, autres mœurs » dit-on. Ce vieil adage trouve son sens dans la réalité kinoise particulièrement en ce qui concerne l’ampleur du phénomène fille-mère.
Ce dernier prend tellement des proportions inquiétantes que la situation est, à nos jours, normalisée. Jadis, mettre au monde un enfant pour une fille encore sous le toit parental était un véritable sacrilège. La jeune fille devenait ainsi l’objet des moqueries de la part de ses amies, voire même la risée de toute la famille. Pour les parents, cela symbolisait un échec, surtout si c’est l’aînée des filles du foyer qui tombe enceinte sans être mariée au préalable. C’est également un coup dur donné à toute la famille parce qu’il y a des ménages où les parents ont fini par divorcer parce que, par exemple, l’aînée a été engrossée. Hénoch Kalolo argue que jadis, faire des enfants en bon nombre ou avant l’âge était synonyme de manque de technologie (pas de télévision, pas de distraction), manque à faire (pas de travail, pas de temps, plus de temps libre), de pauvreté aussi et ce phénomène était plus visible dans des pays moins développés (surtout dans des villages). Curieusement avec l’évolution de la technologie, ce fléau a pris de l’ascenseur. » À n’importe quel âge, on peut secrètement regarder un film pornographique et ça nous excite à l’action car tout notre organisme est en réaction pendant ce temps-là. Les enfants veulent à tout prix pratiquer ce qu’ils reçoivent comme théorie sur les chaînes télévisées » a constaté le même Hénoch Kalolo.
Contribuer au changement positif
Un autre facteur, c’est l’accoutrement des filles. Celles-ci s’habillent d’une manière sexuellement attirante et incitent ainsi les garçons à passer l’action (laisser entraîner par les sentiments charnels, ils couchent presque partout, on ne tient même pas compte des préalables). La musique qui devait contribuer au changement positif fait aussi le contraire. Il y a aujourd’hui de la musique qui vous plonge dans les bêtises car toutes les paroles insérées dans la mélodie sont des catalyseurs qui excitent votre réaction (est-ce que la Censure existe toujours dans ce monde ou pays?) Nous ne devons pas directement condamné les enfants, la seule façon de réussir est de coacher la jeunesse. Une éducation de masse en commençant par bloquer tous les chemins pouvant nuire à celle-ci. » Mes parents avaient divorcé à cause de moi. Etant l’aînée de la famille, mon père n’avait pas supporté que je puisse tomber enceinte, considérant cela comme un déshonneur à son égard. Selon lui, notre maman a failli à son devoir et devrait le payer par le divorce. Malgré l’intervention des autres membres de la famille pour le faire revenir à la raison, il a été catégorique dans sa décision. Je vous assure que j’étais ébranlée, ce qui a fait que je puisse poursuivre mes études jusqu’au bout pour pouvoir me racheter’’, a confié une jeune dame actuellement mariée et mère de cinq enfants. Présentement dans la capitale congolaise, le fait de devenir fille-mère semble être normalisé dans plusieurs foyers.
Sous le toit familial
Des filles de 16, 17 ou 18 ans tombent facilement enceinte sous l’œil impuissant de leurs géniteurs. Ce genre de réalités est vécu dans plusieurs quartiers périphériques de la mégalopole où beaucoup de jeunes filles contractent des grossesses et sont également contraintes de mettre un terme à leurs études. Un autre problème est qu’en général, la charge de la maternité revient aux parents de la fille ou à ceux du jeune homme auteur de la grossesse puisque celui-ci est dépourvu des moyens financiers conséquents, étant à son tour sous le toit familial. Il arrive que l’auteur de la grossesse soit un élève, un étudiant, bref sans ressources financières au moment où il attend son premier enfant. Comme l’appétit vient en mangeant, certaines filles peuvent se retrouver avec plus d’un enfant tout en étant chez les parents. Souvent c’est la grand-mère qui s’occupe de ses petits enfants pendant que leur maman prend de l’air avec ses amies ou encore avec son petit copain, le père de son enfant. La suite est connue d’avance parce que « le couple » continue à s’adonner à la procréation aussi longtemps que leurs tuteurs acceptent d’assurer pleinement la responsabilité de leurs actes. Entretemps, c’est la fille qui amoindrit, sans le savoir, ses chances de mariage au cas où le père de ses enfants prend un autre chemin. Malheureusement, selon le constat fait à Kinshasa, moins de garçons finissent par épouser les jeunes filles qu’ils ont rendues mères.
Pour la simple raison qu’ils étaient des enfants inconscients, incapables d’opérer un choix judicieux de leurs futures épouses, entendons-nous souvent de la bouche de ces hommes qui qualifient leurs actes d’accident de parcours. Triste réalité de la vie !
Des filles à récupérer
Face à cette situation, seuls les parents sont appelés à s’investir effectivement afin de récupérer leurs filles devenues mères. Il y a donc lieu que ces dernières soient réellement prises en charge pour une nouvelle réinsertion. Question de conscientiser la fille-mère pour lui permettre de poursuivre son cursus scolaire normal, si possible lui apprendre un métier dans l’objectif de la rendre utile à la société. L’autonomisation financière de la jeune fille est l’un des moyens pouvant la mettre à l’abri des sollicitations masculines, soutiennent des organisations militant en faveur de la femme. Selon ces organisations, être une fille-mère n’est pas une fatalité. Cela sous-entend que la réinsertion sociale d’une fille mère est possible du fait qu’il y en a qui ont su, après avoir donné naissance, reprendre le contrôle de leur vie, et certaines se sont distinguées notamment dans un domaine donné.
Le Gouvernement de la République et les Organisations non gouvernementales doivent aussi donner un coup de pouce aux parents pouvant faire preuve des limites dans la récupération de leurs filles-mères. Le mérite revient aux ONG qui, à travers leurs centres, ont fait bénéficier à plusieurs jeunes filles mères, orphelines, abandonnées…l’apprentissage d’un métier. Tout dépend alors des structures existantes pour encadrer et récupérer cette catégorie sociale délaissée à elle-même face à des situations compliquées.
David Ntumba
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