Ils ne se contentent pas de tuer. Non, la mort serait presque trop simple, une atrocité parmi d’autres dans un dossier déjà trop lourd. La stratégie est plus sophistiquée, plus cynique, plus profondément destructrice. Les terroristes du RDF/M23, simples exécutants sous commandement de Kigali, ont pour mission de saigner non seulement nos compatriotes, mais le corps même de notre nation.
Leur projet ? Une démolition méthodique, un pillage organisé de l’économie du Kivu, sous le regard impuissant – ou complice ? – des traitres. La liste des conquêtes de ces prédateurs économiques ressemble à un inventaire à la prévert du désastre. Après la Banque Centrale de Bukavu vidée de sa substance, la CADECO démantelée, la cimenterie de Katana mise en sommeil, l’usine de tomates de Kalehe réduite au silence.
Le CRSN de Lwiro pillé, c’est au tour de la raffinerie d’or de Bukavu de subir le même sort ignoble. On la démonte, pièce par pièce, comme on dépouillerait un cadavre, pour aller la reconstruire de l’autre côté de la frontière, au Rwanda. Imaginons la scène : sous la protection des kalachnikovs, des techniciens s’affairent, non pas pour construire, mais pour dérober. Ils ne sont pas venus avec des plans, mais avec des camions.
Ils n’apportent pas le développement, ils le volent. Chaque boulon enlevé, chaque câble sectionné, est un coup de poignard porté à l’avenir de nos enfants. Ces machines, ces engins de construction, ces véhicules de l’État qui roulent maintenant sur les routes rwandaises, sont les artères d’une économie congolaise que l’on saigne à blanc. Et pendant ce temps, il y a ceux qui regardent, qui signent, qui pactisent.
Corneille Nangaa, Monsieur Busu bwa Ngwi et toute la cohorte des appendices locaux de ce projet de domination rwandais, doivent se préparer à une responsabilité historique. Ils portent et porteront sur leurs consciences l’effondrement programmé du Kivu. Ils sont les architectes de la faillite, les fossoyeurs de notre autonomie. Ils troquent la souveraineté de leur pays contre des postes éphémères et l’illusion du pouvoir.
Aujourd’hui, ils se croient forts, protégés par les armes de leurs parrains. Ils paradent, donnent des ordres, et signent l’arrêt de mort économique de leur propre terre. Ils pensent que le silence du peuple est une approbation. C’est une erreur de calcul magistrale. Ce silence est lourd d’une colère qui fermente, d’une humiliation qui s’accumule. Ce n’est pas de la résignation, c’est la compression d’un ressort.
Une impatience qui, un jour, se détendra avec une violence proportionnelle à l’oppression subie. Le peuple observe. Il enregistre. Il se souvient. Il se souviendra de chaque usine démontée, de chaque parcelle volée, de chaque véhicule emporté. Il se souviendra des noms et des visages de ceux qui, par leur trahison, ont vendu le présent et hypothéqué l’avenir de toute une région.
Un jour viendra, inéluctablement, où la comptabilité macabre de ce pillage sera présentée. Ce jour-là, ce ne sera pas devant une cour de justice internationale, peut-être trop lente et trop politique. Ce jour-là, ce sera la justice immanente, celle de l’histoire, ou celle, plus immédiate et terriblement concrète, d’un peuple qui aura épuisé sa patience. La trahison a un prix, en effet. Et ce prix, ils le paieront au centuple. Le Kivu, meurtri mais debout, leur présentera la facture.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












