Ils sont de retour. Les fossoyeurs d’hier se présentent en libérateurs aujourd’hui, dans une mascarade si grotesque qu’elle en deviendrait presque comique si le sang versé n’était pas, lui, bien réel. À Rumangabo, le RDF/M23 a offert au monde son dernier grand spectacle : une parade de 7500 “commandos” fraîchement cueillis, présentés comme la preuve vivante d’un élan populaire irrésistible.
La réalité, puante et cynique, est ailleurs : elle est dans le recrutement sous la menace, le recyclage forcé de prisonniers et la conscription de jeunes hommes à qui l’on a promis le pire s’ils refusaient de jouer les figurants dans cette tragédie. Cette armée n’est pas “fantôme” par son absence, puisque les infiltrés rwandais sont là en réalité mais par l’absence d’âme de ceux qui la composent, contraints et forcés.
Le glossaire de cette guerre s’enrichit chaque jour d’un nouvel oxymore. Le dernier en date : le “ralliement”. Terme pudique pour désigner l’abjection suprême. À Goma et Bukavu, les soldats congolais qui ont choisi l’honneur et le combat jusqu’au bout ont été purement et simplement massacrés. Ceux qui ont survécu, terrifiés, ont été enrôlés de force. Appelez cela un “ralliement”, et vous venez de réécrire l’histoire en faisant vomir la vérité.
C’est le syndrome du violeur qui accuse sa victime de séduction. La propagande du RDF/M23 ne se contente pas de mentir ; elle crache sur la mémoire des martyrs. Et qui sont les metteurs en scène de cette illusion ? Un binôme infernal qui résume à lui seul le naufrage congolais. D’un côté, Corneille Nangaa, l’architecte des hold-ups électoraux, le grand prêtre de la trahison institutionnelle.
De l’autre, Sultani Makenga, seigneur de guerre dont le curriculum vitae est une litanie de massacres. Ensemble, ils forment le visage parfait du recyclage cynique : le tricheur et le bourreau, main dans la main, se parant des plumes du patriotisme qu’ils ont toujours éventré. Leur serment de loyauté n’est pas un pacte avec le peuple congolais, mais une reconnaissance de dette envers leurs véritables parrains à Kigali.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Cette prétendue “armée révolutionnaire” est une coalition hétéroclite et incontrôlable de mercenaires rwandais, tenue non pas par une idéologie, mais par la promesse du pillage. C’est une bombe à retardement que même ses commandants ne contrôleront pas. La “stabilisation” qu’ils promettent n’est qu’un euphémisme pour “annexion territoriale et économique”.
Leur projet n’est pas de libérer le Congo, mais de le balkaniser pour mieux en vider les entrailles, au profit d’un voisin prédateur qui tire toutes les ficelles depuis Kigali. Derrière le rideau de fumée des discours enflammés et des parades militaires, l’équation est d’une simplicité criminelle : il s’agit de voler un pays, de réécrire son histoire, et d’asservir son peuple sous le prétexte fallacieux de le libérer.
La grande illusion congolaise est en marche. Mais n’en déplaise aux illusionnistes, le public n’est pas dupe. Sous les uniformes neufs, on sent encore l’odeur du sang et la peur. Derrière les grands mots, on entend le crépitement des armes et le silence des charniers. L’histoire, tôt ou tard, rattrape toujours les imposteurs. Et son verdict est toujours cinglant. Nous n’oublierons jamais rien ni qui ont permis cette ignominie.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













