Il aura donc fallu l’irruption de l’Inspection Générale des Finances pour qu’une révélation bouleversante frappe le gouvernement provincial du Haut-Uélé : un cabinet politique n’est pas un stade municipal. On n’y remplit pas les gradins. Par une correspondance estampillée “URGENT”, le Gouverneur Jean Bakomito Gambu a ordonné la réduction de moitié des effectifs des cabinets ministériels.
Moitié moins. Coupe franche. Sans anesthésie. Traduction : le régime commence. Et il commence sous surveillance. Trois cents pour gouverner une province ? Selon plusieurs sources, l’ensemble des cabinets provinciaux aurait frôlé les 300 personnes. Trois cents collaborateurs pour un gouverneur, un vice-gouverneur et six ministres maximum. À ce niveau, on ne parle plus de cabinets. On parle plutôt d’écosystème. D’une colonie politique en pleine expansion.
Dans les standards administratifs classiques, un cabinet se compose d’un directeur, de quelques conseillers techniques et d’un noyau administratif restreint. Dans le Haut-Uélé, on semble avoir opté pour la formule “buffet à volonté”. Conseillers principaux adjoints chargés de la coordination stratégique. Chargés de missions itinérants. Assistants spéciaux à la communication des communications. Parfois, les intitulés des fonctions sont plus longs que les rapports produits.
La créativité administrative ne manque pas. Le sens de la mesure, un peu moins. Derrière chaque titre, une ligne budgétaire. Mais le vrai sujet n’est pas le folklore des appellations. C’est la facture. Chaque nomination, c’est un salaire. Chaque salaire, c’est un prélèvement sur un budget provincial déjà fragile. Pendant que certains chantiers s’arrêtent, les cabinets, eux, prospèrent. Ici, le clientélisme s’exprime en version XXL.
Nommer pour récompenser, nommer pour équilibrer, nommer pour apaiser et nommer pour fidéliser. Un cabinet qui enfle n’est jamais un accident. C’est un choix politique. Un choix dicté par les alliances, les équilibres internes et parfois la nécessité de satisfaire le club des amis. On recrute pour consolider. On distribue pour tenir. Jusqu’au jour où la facture arrive. Et puis il y a cette rumeur persistante : des agents “fictifs”. Des noms sur des listes. Des salaires versés. Des bureaux rarement occupés.
Si ces allégations se confirment, on ne parlera plus d’excès administratif. On parlera d’un système. Un système où la loyauté pèse plus lourd que la compétence. Où le cabinet devient un outil de redistribution politique. Où la masse salariale grossit pendant que les besoins essentiels de la population attendent leur tour. Dans un contexte national où la rigueur financière devient mot d’ordre, il devenait difficile de continuer à fermer les yeux. Une réforme par conviction… ou par pression ?
La réduction de moitié des effectifs ressemble moins à une réforme courageuse qu’à une manœuvre de survie politique. Mais la question dérange : pourquoi maintenant ? Si la cure est nécessaire aujourd’hui, elle l’était hier. On ne découvre pas soudainement la vertu budgétaire. On la redécouvre quand le contrôle frappe à la porte. On ne met pas un gouvernement au régime par conviction.
On le met au régime par contrainte. Gouverner ou distribuer ? Un gouvernement provincial n’est pas un centre de placement politique. Il n’est pas censé absorber des centaines de collaborateurs pour fonctionner. Gouverner, ce n’est pas multiplier les postes. C’est produire des résultats. À force de vouloir contenter tout le monde, on dilue la responsabilité. À force de grossir, on devient lourd. Et à force de lourdeur, on devient inefficace.
Réduire de moitié, c’est spectaculaire. Mais cela signifie aussi reconnaître que la moitié était en trop. La vraie réforme ne sera pas de supprimer quelques noms sur une liste. Elle sera de changer la logique : transparence des nominations ; limitation stricte des effectifs ; publication des organigrammes ; contrôle permanent des finances. Sinon, dans quelques mois, le mammouth administratif risque fort de reprendre du poids. Très vite.
Le Haut-Uélé mérite un gouvernement efficace. Pas un gouvernement obèse. Et parfois, il faut qu’un contrôle financier rappelle une vérité simple : un cabinet est censé gouverner. Pas grossir. Et encore moins vivre aux frais d’un peuple qui, lui, n’a jamais eu droit au buffet à volonté.
François Anga Kupa, Journaliste et écrivain / Lobjectif













