Dans le grand théâtre de la gouvernance du Haut-Uélé, l’Exécutif provincial nous donne une représentation qui ferait pâlir d’envie les plus grands scénaristes de fiction. Le paradoxe, le contresigne, l’absurdité ont été érigés en mode de gouvernement. Et le protagoniste principal, dans cette tragédie devenue bouffonnerie, s’étonne que le public ose siffler la pièce.
Comment devient-on gouverneur dans le Haut-Uélé ? Par la volonté du peuple, diront les naïfs. Par un coup de baguette magique électorale, répond l’expérience du Haut-Uélé. Dans une élection qui a stupéfié jusqu’aux maîtres de l’impossible, notre homme a réalisé l’exploit de récolter 21 votes dans une assemblée de 20 personnes. Ce miracle démocratique, digne de la multiplication des pains, lui a offert les clés de la province.
On attend toujours que les physiciens quantiques viennent expliquer comment un vote peut à la fois être et ne pas être, et surtout comment il peut être supérieur au nombre d’électeurs. Ce n’était pas une élection, c’était une séance de spiritisme. Le plus beau dans l’affaire, c’est la posture vertueuse. Lui, le pur, l’intègre, qui avait convoqué les saints de l’Inspection Générale des Finances (IGF) pour pourchasser les démons de Baseane Nangaa.
La moralisation de la vie publique, oui, mais uniquement pour les autres. Car pendant ce temps, dans l’ombre, une autre musique joue. Tandis qu’il pointait un doigt accusateur, l’autre main, sans doute, signait des conventions. Celles qui ouvrent grand les terrains de Kibali Gold à une exploitation sauvage par des intérêts chinois, sirotant le thé dans son cercle le plus restreint. Le paradoxe est sublime.
Le justicier qui hurlait au loup est devenu le gardien du poulailler qu’il vend pièce par pièce. La “gestion” qu’il défend serait-elle celle de ses propres affaires ? Quelle touchante vision de la démocratie que celle de notre champion ! Pour rassembler, il a su diviser. Pour convaincre, il a su séquestrer la veille du vote. Des députés, parait-il, ont eu la mauvaise idée de ne plus être d’accord. La méthode est simple : on ne débat pas, on enferme.
La majorité ne se construit pas, elle se capture. Et pour parfaire l’équipe, il a recruté l’élite, la crème de la crème : des “impolis notoires”, des spécialistes de l’insulte et de la basse manœuvre, promus au rang de conseillers rapprochés. Le gouvernement n’est plus un collège, c’est un ring de catch où la violence verbale est la seule langue officielle. Mais le chef-d’œuvre, l’apothéose du genre, c’est l’offuscation.
Après avoir porté l’insulte plus haut que les cimes de l’Himalaya, après avoir transformé les forums du Haut-Uélé en champs de bataille, après avoir orchestré des opérations de déstabilisation et présidé à une curée des ressources, il s’offusque. Il s’étonne, le pauvre, qu’on ose remettre en cause sa “gestion”. Il est outré que l’on murmure sur les terrains de Kibali.
Il est scandalisé que l’on rappelle l’épisode de la séquestration ou le miracle des 21 votes. La logique est imparable : j’ai le droit de vous accuser, de vous emprisonner (le cas de Jean-Louis BANGOBEA), de piller, mais vous, vous n’avez pas le droit de le dire. L’insolence, voilà le vrai crime. Alors oui, le paradoxe est total. Il est la caricature vivante de tout ce qu’il prétend combattre.
Le démocrate qui bafoue le vote, le juste qui pille, l’unificateur qui divise et insulte par sa meute numérique interposée. Et face à ce spectacle, on ne peut que lui retourner sa propre rhétorique : “La liberté d’expression n’est pas la liberté de diffamer. À moins, bien sûr, que ce ne soit lui qui s’exprime”. Dans ce cas, tout est permis. Sauf, évidemment, de lui demander des comptes.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













