L’accusation de “génocide” en RDC par le Rwanda est une instrumentalisation grossière du droit international. Le terme “génocide” est défini par la Convention de 1948 comme l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Or, les violences dans l’Est de la RDC sont d’abord le fruit d’un conflit armé rwandais.
C’est Paul Kagame qui massacre systématiquement les Hutus qu’il a chassés du pouvoir en abattant l’avion de Juvénal Habyarimana en 1994 et extermine les Congolais pour dépeupler les zones qu’ils repeuplent par des rwandais qu’il appelle réfugiés. Il a créé pour cela des centaines de groupes rebelles pour justifier des interventions étrangères (notamment rwandaises), et des rivalités économiques autour des minerais.
Les Banyamulenge, bien que victimes d’attaques ciblées, ne sont pas l’objet d’une campagne d’extermination systématique menée par l’État congolais. Au contraire, les FARDC combattent également les milices Maï-Maï et les ADF, qui tuent indistinctement civils et militaires . La rhétorique du “génocide” sert avant tout à diaboliser le gouvernement congolais et à justifier des interventions étrangères, comme le Rwanda l’a fait par le passé.
L’affirmation selon laquelle des drones burundais ciblent les Banyamulenge à Minembwe est une désinformation flagrante. Le Burundi, bien qu’impliqué dans des opérations conjointes avec les FARDC contre les groupes rebelles, n’a jamais mené de campagne aérienne contre des civils. Les tensions à Minembwe sont principalement liées à des conflits fonciers et à la compétition pour le contrôle des richesses minières, exacerbés par des milices locales .
De plus, les Banyamulenge ne sont pas uniquement des victimes : certains de leurs membres ont été impliqués dans des alliances avec le RDF/M23 accusé de massacres contre d’autres communautés. L’extradition présumée de Laurent Ruboneka “sans procédure légale” est une affirmation non vérifiée. Si des abus existent dans le système judiciaire congolais, ils ne sont pas spécifiques aux Banyamulenge.
D’ailleurs, le gouvernement congolais a lui-même arrêté des officiers des FARDC pour collaboration avec des milices, ce qui dément la thèse d’une persécution systématique. Les accusations de collaboration entre les FARDC et la CODECO sont partiellement fondées, mais elles occultent le fait que l’armée congolaise est elle-même fragmentée, avec des éléments incontrôlés.
La CODECO, comme d’autres milices, agit souvent de manière autonome. Par ailleurs, les Hema, loin d’être uniquement victimes, ont aussi été impliqués dans des représailles contre les Lendu, dans un cycle de violence alimenté par des décennies de rivalités ethniques. L’idée que les FARDC arment massivement les FDLR est une simplification malhonnête.
Les FDLR sont un groupe marginalisé, et leur présence résiduelle dans le Kivu est davantage due à l’incapacité de l’État à sécuriser la région qu’à une volonté délibérée de les soutenir. En réalité, les FARDC combattent aussi bien les FDLR que le M23, ce dernier étant bien plus dangereux en termes opérationnels. La CPI a déjà enquêté sur des crimes en RDC, mais elle n’a jamais retenu l’accusation de génocide.
Car les preuves d’une intention exterminatrice font défaut. Le collectif d’avocats rwandais instrumentalise la justice internationale pour donner une légitimité factice à ses revendications, alors que les crimes commis relèvent davantage de la guerre civile que d’un plan d’extermination. Le communiqué qui a été publié dans la presse est un tissu d’exagérations, d’omissions volontaires et de raccourcis historiques.
Il ignore délibérément la responsabilité du Rwanda dans le soutien au RDF/M23, les crimes commis par des factions tutsies contre d’autres communautés et la complexité des dynamiques locales, réduites à une fausse dichotomie “persécuteurs contre persécutés”. Plutôt que de réclamer une intervention internationale biaisée, ce collectif ferait mieux d’exhorter toutes les parties – y compris les groupes armés tutsis – à déposer les armes et à participer à un dialogue inclusif. La victimisation unilatérale ne sert qu’à alimenter le cycle de violence.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













