Quelle scène pittoresque que celle d’un professeur des universités, constitutionnaliste de son état, se transformant en Père Noël des temps modernes. Dans un élan de générosité sans précédent, cet éminent académicien a jugé bon de demander des cadeaux de Noël au Chef de l’État, Félix Tshisekedi, pour les membres de l’Union Sacrée pour la Nation.
Il est vrai que, dans un pays aux prises avec des défis aussi pressants que l’agression militaire extérieure, l’urgence de distribuer des cadeaux à une élite politique semble être une priorité absolue. Imaginez la scène : dans une salle où le poids des enjeux nationaux devrait peser lourdement, un professeur, armé de sa légitimité académique, se lève et demande des cadeaux au Président de la République.
Oui, des 4×4 flambants neufs, comme si la survie de la nation dépendait de l’éclat de ces véhicules. La délicatesse de l’instant, pendant que des millions de Congolais peinent à joindre les deux bouts, voilà notre “éminent” professeur qui s’illustre, en véritable apôtre de la frivolité, en sollicitant des présents dignes des plus grands festins de Salomon.
Il est à se demander si cet élan de “générosité” ne cache pas un profond mépris pour la réalité du Congolais lambda. Après tout, qui a besoin de sécurité, de paix ou de prospérité quand on peut s’offrir une belle voiture pour se rendre à des réunions qui ne changent rien à la condition de la majorité ? Les défis nationaux sont pourtant incommensurables.
Ce professeur, en exhibant son manque de discernement, a brillamment mis en lumière le visage hideux d’une caste politique qui semble plus préoccupée par son propre confort que par le bien-être de ceux qu’elle est censée représenter. Et que dire de ce moment cocasse où le président Félix Tshisekedi, tout juste revenu d’une promesse de véhicules 4×4, se voit confronté à une telle demande ?
Un instant d’anthologie, où l’absurde touche des sommets inégalés. Comme si la distribution de cadeaux pouvait apaiser les souffrances d’un peuple en détresse. Certes, le professeur aime sans doute à se voir comme un intellectuel engagé, mais sa requête résonne davantage comme un chant de sirène pour ceux qui, de leur perchoir doré, se moquent éperdument des réalités du terrain.
Ce Noël-ci de l’année 2024, loin d’être un temps de partage et de réjouissance, s’est transformé en une farce tragique où l’indécence et l’indignité dansent en parfaite harmonie. Ce professeur, dans son élan de demande indécente, a réussi à cristalliser tout ce qui ne va pas dans notre politique actuelle. Il est depuis devenu le symbole de ce qu’il ne faut surtout pas être.
Dans la capitale Kinoise, la mendicité a été normalisée. Où que vous soyez, il y a toujours quelqu’un pour vous demander de l’argent. À quand le retour à une vraie dignité, à une réelle considération pour le peuple ? Peut-être que, d’ici là, il pourrait faire un stage chez un véritable Père Noël, histoire d’apprendre que donner ne signifie pas seulement recevoir, mais aussi comprendre les besoins de ceux qui nous entourent.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












