Entre caisses vidées, conférences futiles et ambitions démesurées, le gouverneur Jean Bakomito Gambu saigne sa province et une partie de ses victimes l’en remercie sur les réseaux sociaux. Tandis que le Haut-Uélé suffoque sous les salaires impayés, les ministères à l’arrêt et les routes défoncées, son gouverneur, Jean Bakomito Gambu, parade en stratège pour des soutiens politiques sur le plan national.
La clôture de la session de mars 2025 fut une leçon de duplicité : grandes envolées sur « l’unité » et « l’émergence », pendant que les fonctionnaires mendient leurs paies et que les écoles croulent sous les dettes. L’indécence ne serait rien sans cette touche finale : l’allégeance servile d’une frange de la population. Comme hypnotisés, certains célèbrent celui qui les affame au quotidien.
Ces terroristes du clavier ont érigé la pénurie en sacrifice nécessaire et l’incurie en génie méconnu. Le syndrome de Stockholm n’a jamais eu de meilleur ambassadeur. Comment expliquer que l’argent manque toujours pour les urgences, mais suinte à flots pour des sommets provinciaux grandiloquents ? Gouverner n’est pas un exercice facile pour tout prédateur en costume-cravate.
Selon certaines indiscrétions, les deniers publics – ceux-là mêmes qui devaient soulager les familles et relancer les services – auraient été engloutis par cette coquille vide nommée Grande Orientale. Une entité aussi mystérieuse que son utilité est inexistante, si ce n’est d’avoir servi de bancomat politique en 2023 avec ses 100 000 $ offerts à Félix Tshisekedi pour sa caution électorale.
Pourquoi Jean Bakomito s’y accroche-t-il avec une ferveur d’alchimiste ? Parce qu’il y voit son ascenseur vers Kinshasa. En se posant en chef des quatre provinces (Haut-Uélé, Bas-Uélé, Ituri, Tshopo), il croit pouvoir forcer les portes du pouvoir central. Son dernier coup d’éclat ? Une conférence aussi coûteuse que vaine, précédant une présence à Kolwezi où il a recueilli non pas des soutiens, mais des ricanements.
Derrière les sourires protocolaires, la méthode est brutale : saigner l’administration pour engraisser des réseaux. La Grande Orientale n’est qu’un paravent – une machine à distribuer des prébendes et à acheter des loyautés. Ses initiateurs ? Des apparatchiks en quête de relais. Son vrai but ? Servir de marchepied à des ambitions personnelles, quitte à sacrifier des milliers de vies sur l’autel de l’arrivisme.
Jean Bakomito Gambu en est l’archétype. Il ne gouverne pas : il prélève. Chaque discours creux, chaque projet fantôme, chaque voyage inutile est un détournement de plus. La prouesse ? Avoir transformé ce pillage en récit héroïque, au point que certains y voient du « développement ». Le nombre de péages dans le haut-Uélé bat tous les records. Il ne reste plus qu’un péage pour accéder chez soi.
Le scandale ne réside pas dans les magouilles – banales sous ces latitudes. Il est dans cette soumission volontaire, cette capacité des dominés à chérir leurs chaînes. Les « terroristes du clavier » ne sont pas les pires : au moins, eux, reçoivent des miettes pour survivre et justifier leur paie. Les vrais complices sont ces notables qui, pour quelques nominations de proches, sanctifient leur propre appauvrissement.
Un gouverneur qui préfère les cocktails politiques aux hôpitaux équipés n’est pas un leader. C’est un fossoyeur. Et quand la population lui offre des fleurs plutôt que des pierres, c’est que la colonisation mentale a réussi. Pendant que vous lisez ces lignes, une nouvelle réunion se prépare. Ordre du jour ? « Optimisation des dépenses ». c’est-à-dire comment ponctionner encore plus ceux qui n’ont déjà plus rien.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












