“Le raid de Trump contre Maduro n’est pas une opération anti-drogue. C’est l’acte de naissance brutal d’une nouvelle doctrine : la souveraineté pétrolière comme butin de guerre”.
Ce samedi 3 janvier, le monde a retenu son souffle. Pas pour une catastrophe naturelle, mais pour un séisme géopolitique orchestré depuis la Maison Blanche. La capture spectaculaire de Nicolás Maduro et de son épouse par des forces américaines ne marque pas la fin d’une “narco-dictature”. Elle officialise un précédent glaçant : le droit du plus fort à saisir, par les armes, les ressources d’un État souverain.
Sous le vernis moralisateur de la “guerre contre la drogue”, l’administration Trump vient d’écrire le manuel du néo-colonialisme énergétique. Depuis des mois, Donald Trump et ses affidés ont méthodiquement construit le récit de Maduro en “baron de la drogue”. Un récit commode, mais dont les fondements sont aussi minces que ceux qui justifièrent les “armes de destruction massive” irakiennes.
L’objectif ? Criminaliser l’adversaire pour le déshumaniser et légitimer l’inimaginable : une intervention unilatérale et un acte de guerre contre un gouvernement civil. La “guerre à la drogue” est la nouvelle “mission civilisatrice” du siècle, un prétexte parfait car inattaquable sur le plan rhétorique. Qui oserait défendre un “trafiquant” ? Les réserves prouvées de pétrole du Venezuela sont les plus importantes du monde, devant l’Arabie Saoudite.
C’est un fait géologique, pas une opinion. Le pays est en crise profonde, miné par des erreurs de gestion, une corruption endémique et des sanctions américaines étranglant délibérément son économie depuis des années. Ces sanctions, présentées comme des mesures de pression pour la “démocratie”, ont en réalité un but : maintenir le pays à genoux, le rendre vulnérable, et préparer le terrain pour la phase finale : la prise de contrôle.
L’accusation de narcotrafic n’est que le rideau de scène. La pièce qui se joue est celle du pillage des ressources. L’opération de ce 3 janvier est iconoclaste dans sa brutalité assumée. Elle ne s’embarrasse plus des institutions internationales (l’ONU est ignorée), des alliés traditionnels (les réactions européennes sont consternées), ou même du Congrès américain.
Elle consacre un modèle où une seule puissance, estimant ses intérêts vitaux menacés par la simple existence d’une ressource non contrôlée, s’octroie le droit de la saisir par la force. Le président et la première dame, capturés comme des trophées, symbolisent la réduction d’une nation entière à l’état de propriété saisissable. Nous entrons dans l’ère de la “souveraineté conditionnelle” : vous n’êtes libre que si vos ressources ne tentent pas l’hyper-puissance.
L’action de Trump n’est pas une victoire, mais une boîte de Pandore ouverte. Elle légitime l’intervention militaire pour des motifs économiques camouflés en impératifs moraux. Quel sera le prochain prétexte ? Le “terrorisme écologique” du Brésil pour ses forêts ? La “dictature des terres rares” en Afrique ? La “crise humanitaire” dans un pays gazier ? Elle promet aussi un Venezuela plus instable encore, plongé dans une résistance violente et une guerre civile larvée, dont les civils seront les premières victimes.
Elle radicalise l’anti-américanisme en Amérique latine et offre à la Chine et à la Russie un argument parfait pour justifier leurs propres zones d’influence. La capture de Maduro n’est pas la fin d’une histoire, mais le début d’une nouvelle ère, plus sombre et plus cynique. Elle montre que dans le désordre mondial actuel, le droit international n’est plus qu’un parchemin lorsque les hydrocarbures sont en jeu. Donald Trump n’a pas libéré le Venezuela. Il a annexé son sous-sol.
Et il a offert au monde un spectacle terrifiant : celui d’un président élu, kidnappé par une puissance étrangère, pendant que ses médias parlent de “libération”. La vraie prison, désormais, est celle dans laquelle est enfermée l’idée même de souveraineté des nations. Le pétrole vénézuélien coulera peut-être plus librement demain. La liberté, elle, vient de subir une grave fuite.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













