Dans le paysage tumultueux de la RD Congo, l’élite politique semble se livrer à un exercice de projection, un mécanisme de défense analysé par la psychanalyse. En attribuant à autrui les travers qu’elle refuse de reconnaître en elle-même, cette élite crée un décalage entre la réalité de ses actions et le discours qu’elle entretient avec le peuple.
La projection, dans son essence, est une manière de fuir la confrontation avec ses propres faiblesses. Les leaders politiques, souvent en quête de légitimité et d’acceptation, se retrouvent piégés dans un cycle où ils désignent les autres comme responsables des maux qu’ils contribuent eux-mêmes à perpétuer. La RDC en regorge en quantité industrielle.
Ce phénomène est particulièrement visible dans le cadre des discours sur la corruption, la mauvaise gouvernance et l’inefficacité des institutions. Au lieu d’assumer la responsabilité de leurs échecs, ces élites blâment les acteurs extérieurs, la communauté internationale ou même la population elle-même, tout en s’érigeant en défenseurs de l’intérêt national.
Cette dynamique crée un climat de méfiance et d’incompréhension. Les citoyens, souvent désabusés, voient leurs espoirs trahis par des promesses non tenues. L’élite, en projetant ses propres défaillances, évite de se regarder dans le miroir et de prendre conscience de son rôle dans la perpétuation d’un système qui favorise l’instabilité et la désillusion.
Ce déni collectif empêche une remise en question nécessaire à l’évolution politique et sociale du pays. Ironiquement, cette projection s’accompagne souvent d’un discours de victimisation. Les élites se présentent comme les victimes d’un système qui les dépasse, tout en continuant à en jouir des privilèges. Elles se complaisent dans un récit où elles sont les héroïnes d’une lutte contre des forces obscures souvent imaginaires.
Tout en négligeant de reconnaître les injustices qu’elles infligent à la population. Ce double discours alimente le ressentiment et accentue le fossé entre le peuple et ses dirigeants. Pourtant, la véritable transformation de la RDC ne pourra se faire que si cette élite accepte de se confronter à ses propres contradictions. La projection, en tant que mécanisme de défense, ne peut être qu’un frein.
Un obstacle à l’émergence d’une démocratie authentique. En prenant conscience de ses propres lacunes, l’élite aurait l’opportunité de se réinventer, de redéfinir ses priorités et de s’engager réellement au service du peuple. Il est temps pour l’élite politique congolaise de briser ce cycle de projection et de se regarder en face, d’affronter ses propres démons.
En acceptant ses propres responsabilités, elle pourrait non seulement regagner la confiance des citoyens, mais aussi ouvrir la voie à une nouvelle ère de gouvernance, fondée sur l’écoute, la transparence et la justice sociale. La RDC mérite une élite qui ne joue pas au jeu du déni, mais qui cherche activement à construire un avenir meilleur pour tous.
La projection est un miroir déformant qui, tant qu’il ne sera pas brisé, continuera de faire obstacle à l’émergence d’une véritable démocratie en RDC. La responsabilité d’un changement profond repose entre les mains de ceux qui détiennent le pouvoir. Les yeux tournés vers l’avenir, il est grand temps que l’élite politique cesse de projeter ses propres défauts sur le monde et commence à agir avec intégrité et courage.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













