Comment Christian Geraud Neema Byamungu, candidat No. 205 de la Lukunga, a-t-il défendu les intérêts rwandais devant le Congrès américain ? La politique congolaise est traversée par des figures aussi énigmatiques que controversées. Parmi elles, Christian Geraud Neema Byamungu, candidat député national sous la bannière d’Ensemble pour la République de Moïse Katumbi dans la circonscription de Lukunga, à Kinshasa.
Derrière le titre ronflant de “chercheur en gouvernance des ressources naturelles” et le costume du diplomate indépendant se cache une réalité bien plus troublante : celle d’un homme qui, devant les instances américaines, a sciemment occulté le rôle du Rwanda dans la tragédie de l’Est de la RDC. Le fait est têtu, et il est vérifiable dans ses déclarations sous serment devant la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants et du Sénat américain.
Christian Geraud Neema – qui a curieusement occulté son nom de famille “Byamungu” sur le sol américain – a constamment évité de nommer le Rwanda comme acteur central dans le cycle de violence, de pillage des ressources et d’instabilité chronique dans les provinces du Kivu. Dans des témoignages qui se voulaient experts, il a déplacé la narration vers des facteurs internes, des défaillances de gouvernance ou des dynamiques locales, pratiquant un exercice de blanchiment géopolitique en règle du régime de Paul Kagame.
La question n’est pas anodine. Elle est fondamentale pour la souveraineté et la sécurité nationale de la RDC. Comment un individu, qui s’était présenté comme un candidat du changement et du renouveau, a-t-il pu se faire le narrateur d’une version des faits qui dédouane aussi ouvertement un pays voisin dont les mains sont souillées par le sang des Congolais depuis près de trois décennies ? Pourquoi, alors que les rapports des groupes d’experts de l’ONU, les investigations d’ONG réputées et les témoignages des populations convergent pour documenter l’agression rwandaise, Neema Byamungu a-t-il choisi, lui, l’ombre et l’omission ?
Plus troublant encore est le mystère de son recrutement. Pourquoi et comment le choix s’est-il porté sur lui pour représenter la “société civile congolaise” devant le Congrès américain sur un dossier aussi sensible ? Qui l’a recommandé, financé, ou instrumentalisé ? Son profil “anglophone”, son réseau international et sa maîtrise des rouages washingtoniens en ont-ils fait un interlocuteur privilégié pour ceux qui, dans l’ombre, souhaitaient influencer la politique américaine dans la région en faveur de Kigali ?
La coïncidence est trop parfaite pour être innocente. Demain, ce même homme aspirera à représenter le peuple de Lukunga au Parlement congolais. Il demandera aux Congolais de lui confier un mandat pour défendre leurs intérêts, leur intégrité territoriale et leur dignité. Pourtant, son passé récent interroge. Qui a-t-il vraiment servi à Washington ? Des millions de Congolais déplacés, violés, massacrés dans l’Est, ou des puissances qui tirent profit de l’instabilité et du pillage organisé ?
Le silence calculé sur le Rwanda n’est pas une simple divergence d’analyse. C’est, dans le contexte congolais, une trahison de la mémoire des victimes et une négation de la réalité de l’agression étrangère. Un député doit être un rempart pour la nation, pas un cheval de Troie pour ses ennemis. Aux électeurs de la Lukunga de se demander s’ils pourront accorder leur confiance à un candidat dont la parole, sous serment devant la plus grande puissance mondiale, a servi à estomper la responsabilité d’un régime prédateur.
Aux militants d’Ensemble pour la République de s’interroger sur la compatibilité entre les valeurs affichées de leur parti et le parcours équivoque de ce candidat. À la nation tout entière de refuser que ceux qui ont minimisé, ou pire, occulté, la souffrance de l’Est puissent un jour dicter les lois qui la gouvernent. La démocratie exige de la clarté, de la loyauté et du courage. Sur ces trois points, le dossier Christian Byamungu, alias Neema, pèse d’un poids bien lourd de zones d’ombre et de silences coupables.
Le peuple congolais mérite mieux qu’un représentant dont la fidélité semble avoir été, à un moment crucial, négociée loin de ses intérêts vitaux.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












