Au cœur des méandres politiques et sociaux de la RDC, une affaire aussi opaque que scandaleuse a défrayé la chronique : celle des troupeaux de zébus attribués sans fondement à des éleveurs Banyamulenge. Ces derniers, étrangement associés à divers groupes ethniques, auraient, selon les autorités de l’époque, orchestré une transhumance que l’on peine encore aujourd’hui à justifier par des faits tangibles.
L’idée même qu’une telle entreprise ait pu voir le jour, sans qu’aucun marché n’ait jamais été organisé, ni dans l’espace grand Bandundu encore moins à Kinshasa, relève presque du grotesque. Nous nous retrouvons face à un récit mal ficelé, où des troupeaux gigantesques disparaissent aussi mystérieusement qu’ils sont apparus. Que sont devenus ces éleveurs ? Où sont passés ces zébus ?
Autant de questions qui demeurent sans réponse, noyées dans l’abîme du silence administratif. C’est cette légèreté que nous dénonçons pour un pays confronté à une crise existentielle. L’ironie cruelle de cette histoire est que ces éleveurs se seraient volatilisés avant que le phénomène Mobondo n’éclate, laissant derrière eux une énigme non résolue et une suspicion d’infiltration.
Ce n’est pas qu’une légende, mais bien une illustration scandaleuse des failles béantes de notre système de sécurité nationale. Un système qui semble ouvert à toute forme d’infiltration, comme une maison sans porte ni serrure. Prétendre que les Shi s’associeraient aux Banyamulenge est de surcroît une aberration. Leurs rivalités enracinées dans le temps sont connues de tous ceux qui comprennent l’histoire du Bushi.
Imaginer une telle alliance relève soit du manque cruel de connaissance historique chez nos décideurs, soit d’une manipulation des faits d’une sournoiserie effarante. La légèreté avec laquelle cette affaire a été traitée expose une fois de plus la fragilité de notre souveraineté nationale. Sommes-nous donc condamnés à assister, impuissants, à ces invasions symboliques qui sapent notre dignité en tant que nation ?
Ce scandale est une leçon amère. Il souligne avec cinglant réalisme que la vigilance est le prix à payer pour notre sécurité. Il nous incite à interroger nos protocoles de sécurité et à exiger de nos dirigeants des réponses claires, rigoureuses, et une action ferme face à cette nonchalance criminelle qui nous expose aux vents de l’histoire. Nous ne devons plus être “le seul pays au monde qu’on infiltre publiquement et officiellement”.
Il est temps qu’un sursaut collectif rectifie cette trajectoire suicidaire. La RDC doit savoir que quand le berger dort, les troupeaux se dispersent et les opportunistes prospèrent. Celui qui ouvre grand sa porte invite le vent et le tumulte à entrer. Il est temps que le Ministère de l’intérieur réactive de manière sérieuse et permanente le service de l’identification nationale pour résoudre la crise identitaire qui sévit dans ce pays.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













