“L’accord entre la RDC et les États-Unis sur les minerais stratégiques est souvent mal compris. Loin d’être une simple soumission, le texte donne des pouvoirs réels à la RDC. Mais ces pouvoirs ne servent à rien si le pays ne sait pas ou ne peut pas les utiliser. Voici les atouts dont dispose Kinshasa, et ce qu’il faut faire pour vraiment en profiter”.
L’accord de partenariat entre la République Démocratique du Congo et les États-Unis fait beaucoup parler. Certains crient à la vente du pays, d’autres y voient une chance en or. En réalité, la vérité est plus simple et plus exigeante : le texte de l’accord donne des outils de contrôle importants à la RDC. Le vrai problème n’est pas dans le papier, mais dans la capacité du gouvernement congolais à s’en servir avec force et intelligence.
Voici quelques atouts majeurs que la RDC a dans sa manche :
Le premier atout est la carte du choix des projets
C’est la RDC, et elle seule, qui dresse la liste des projets miniers concernés par l’accord. Si un projet n’est pas sur la liste, il n’entre pas dans le partenariat. C’est un pouvoir immense : il faut l’utiliser pour choisir avec soin, et non pas tout mettre dedans par peur de rater une opportunité.
Le deuxième atout est la carte du choix des gisements
Même principe pour les réserves de minerais.Les Américains ont un “droit de premier regard” uniquement sur les gisements que la RDC a décidé de leur présenter. C’est comme un panier : Kinshasa choisit ce qu’elle y met. Pour bien choisir, il faut connaître parfaitement son sous-sol.
Le troisième atout est la carte du niveau d’ouverture
L’accord crée une catégorie”VIP” pour les projets (les QSP), qui ouvre plus de portes mais donne plus de contrôle aux Américains. La RDC décide quels projets méritent d’entrer dans cette catégorie et lesquels doivent rester en dehors. Il faut une règle claire pour faire ce tri.
Le quatrième atout est la carte de la coprésidence
Le comité qui pilote l’accord est coprésidé. Aucune décision importante ne peut se prendre sans les représentants congolais. Mais pour être fort à cette table, la RDC doit parler d’une seule voix. Si chaque ministre arrive avec son propre discours, le pouvoir s’évapore.
Le cinquième atout est la carte du calendrier
L’accord prévoit des réunions régulières et des révisions tous les 18 mois ou 3 ans.Ce ne sont pas des pièges, mais des occasions officielles pour la RDC de réajuster le tir, de corriger ce qui ne va pas ou de changer de direction. Il faut s’y préparer sérieusement à chaque fois.
Le sixième atout est la carte de la décision finale
Sur des questions cruciales comme les quotas d’exportation, la RDC garde le dernier mot. Elle doit expliquer ses choix, mais c’est elle qui décide. Pour que cela soit respecté, il faut que ses explications soient solides et bien préparées.
Le défi n’est pas dans l’accord, il est à Kinshasa. C’est le peuple congolais qui doit prouver son intelligence collective pour ne pas passer à côté d’une opportunité historique. Avoir des cartes en main ne veut pas dire gagner la partie. Pour que ces atouts deviennent de vrais pouvoirs, la RDC doit régler cinq problèmes concrets :
- Elle doit savoir dire “NON”. Le pouvoir de choisir les projets est inutile si on dit “oui” à tout.
- Elle doit connaître son sous-sol. On ne peut pas choisir les bons gisements si on ne sait pas précisément ce qu’on possède, où c’est, et à qui c’est engagé.
- Parler d’une seule voix. Avant chaque réunion avec les Américains, les différents ministères doivent se mettre d’accord sur une position unique. Les désaccords doivent se régler à Kinshasa, pas devant les partenaires.
- Préparer chaque réunion. Les Américains arrivent toujours avec des dossiers prêts. Si la délégation congolaise arrive les mains vides, elle subira l’agenda des autres.
- Avoir une ligne directrice claire et s’y tenir. Il faut une doctrine : quels projets sont si importants qu’on accepte un contrôle américain ? La réponse doit être claire, cohérente et respectée par tous, même si les ministres changent.
L’accord USA-RDC n’est pas une prison. C’est un terrain de jeu avec des règles. La RDC a obtenu des règles qui lui laissent de belles possibilités de marquer des points. Mais sur ce terrain, l’équipe congolaise doit être soudée, bien entraînée, et avoir un jeu très clair. Si elle est désorganisée, elle perdra malgré les règles favorables. Le partenariat sera alors un miroir de nos propres faiblesses, et non de notre force.
Le véritable test pour le gouvernement commence maintenant : saura-t-il transformer le papier de l’accord en action et en bénéfices réels pour le pays ? La réponse dépend entièrement de sa discipline et de sa préparation. Le plus grand danger n’est pas dans la porte qui s’ouvre, mais dans le chemin que l’on choisit une fois entré. L’or qui brille peut éclairer un palais ou allumer un incendie. Tout dépend de la main qui le reçoit.
L’opportunité est un cadeau empoisonné dont seul un choix sage peut extraire le nectar. Cet accord est un couteau à double tranchant : il peut sculpter l’avenir ou blesser la souveraineté. Tout dépend de la main qui tient le manche. Le même vent qui emplit les voiles peut aussi submerger le navire. La sagesse est dans la façon de régler les voiles.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













