Une lettre poignante de la diaspora banyamulenge aux États-Unis rejette la « protection » imposée par Kigali et démasque une opération de déportation déguisée.
Dans une prise de position historique et courageuse, la communauté banyamulenge résidant aux États-Unis, regroupée au sein de Banyamulenge Mutualité-Ubumwe (BM-U), a publiquement condamné ce qu’elle qualifie de « déportation sinon un génocide » orchestrée par le régime de Paul Kagame contre leurs frères et sœurs d’Uvira, en RD Congo.
Cette dénonciation intervient au moment où le Rwanda, sous couvert d’une opération humanitaire d’évacuation, a sommé tous les Banyamulenge d’Uvira de quitter leurs foyers ce 18 janvier 2026, prétextant une menace des groupes Wazalendo et de l’armée burundaise. Le contenu de la lettre adressée à l’ancien président américain Donald Trump, en sa qualité de médiateur supposé, est sans équivoque.
Les Banyamulenge affirment n’avoir jamais sollicité la protection du Rwanda. Ils y voient au contraire un stratagème visant à les déporter massivement vers le Rwanda, potentiellement pour les soumettre à un sort tragique, avant d’en rejeter la responsabilité sur les acteurs congolais et burundais. Nous condamnons cette propagande du Rwanda qui a pour vrai motif la déportation de tous les Banyamulenge vers le Rwanda sinon leur imposer un génocide.
C’est ce qui est écrit dans le document signé par Me Emile Muhizi Ndatarabaye, Président du BM-U. Cette prise de parole est un coup sévère porté au narratif soigneusement construit par Kigali. Le régime de Paul Kagame justifie souvent ses incursions en RDC et son ingérence dans les affaires congolaises par la nécessité de protéger les populations tutsies, notamment les Banyamulenge. Cette lettre démonte ce prétexte de fond en comble.
Les signataires, représentants d’une partie importante de la diaspora, rejettent catégoriquement le rôle de sauveur que s’arroge Paul Kagame. Ils alertent plutôt la communauté internationale sur le “génocide initié par le Rwanda”, retournant ainsi l’accusation habituellement brandie par Kigali contre Kinshasa. Cette position vient conforter celle du gouvernement Tshisekedi, qui dénonce depuis des années l’ingérence, le soutien aux groupes armés et les manœuvres déstabilisatrices du Rwanda sur le sol congolais.
Elle valide l’argument de Kinshasa selon lequel les populations de l’Est, dans leur grande diversité, aspirent à la paix et à la souveraineté de leur pays, et non à une tutelle étrangère. La lettre du BM-U est avant tout un cri d’alarme. Elle en appelle à la présidence américaine et à la communauté internationale pour qu’elles prennent “des mesures urgentes afin de protéger la communauté Banyamulenge d’Uvira, Minembwe et partout ailleurs dans les provinces occupées par l’envahisseur”.
Le terme envahisseur, dans ce contexte, désigne clairement les forces et les proxies rwandais. Cette démarche place les capitales occidentales et les instances internationales face à leurs responsabilités. Elle les somme de regarder la réalité en face : la manipulation des communautés par Kigali comme prétexte à l’expansionnisme, et l’urgence de soutenir la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC.
Alors que la région des Grands Lacs est une nouvelle fois au bord du précipice, la voix des Banyamulenge de la diaspora apporte un éclairage crucial. Elle rappelle que les populations, souvent instrumentalisées dans les guerres des autres, sont les premières victimes de ces manipulations. Leur message est limpide : ils ne sont pas une monnaie d’échange pour les ambitions de Paul Kagame. Leur loyauté et leur avenir sont avec la RD Congo.
Il est temps que la communauté internationale écoute cette voix authentique, cesse de s’accommoder des narratifs fallacieux de Kigali, et soutienne résolument les efforts du gouvernement congolais pour rétablir la paix, la sécurité et l’autorité de l’État sur l’ensemble de son territoire. La dignité et la sécurité des Banyamulenge passent par la stabilité de la RDC, et non par une déportation forcée vers le Rwanda. La lettre du BM-U est un puissant testament de cette vérité.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













