Les communautés du Nord-Kivu, Sud-Kivu Ituri ainsi que la société civile, ont décidé de briser la glace en cessant de continuer à demeurer dans l’anonymat.
Elles ont pris la résolution de se lever comme un seul homme avec le concours de la société civile en l’occurrence la Dynamique communautaire pour la cohésion sociale et le Développement (DYCOD-RDC), plateforme citoyenne que dirige Me Patient Bashombe, de lever leur voix et d’unir leur force, en mettant en place des mécanismes et des stratégies idoines devant aboutir au retour définitif de la paix durable et la stabilité de la situation sécuritaire, économique, sociale et politique dans leurs entités respectives.
C’est dans cette optique que ces communautés meurtries consécutivement à la situation sécuritaire inquiétante, caractérisée par des tueries, massacres, pillage de leurs ressources naturelles d’une part, et d’autre part de la situation humanitaire caractérisée par des déplacements massifs des populations et le manque d’accès à la nourriture aux soins de santé etc, ont mis en place un cadre de consultation qui constitue véritablement un espace qui leur permettra d’échanger régulièrement afin de trouver des solutions idoines à ladite crise sécuritaire causée par l’activisme des groupes armés notamment l’AFC/M23 soutenus par le Rwanda.

La sortie officielle du cadre de consultation des communautés ethniques du Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri, a eu lieu le samedi 10 mai dans la salle des conférences Marini Bodo, située dans l’enceinte de la Cathédrale du Centenaire Protestant à Kinshasa.
Narratif des communautés
A cours de cette manifestation, la communauté du Nord-Kivu était représentée par son président Jérôme Paluku, celle de l’Ituri par le président Intercommunautaire Félix Kabwizi et la communauté du Sud-Kivu, IMASKI, par le président Désiré Kashemua. Ces communautés entendent être des acteurs qui vont accompagner des initiatives de paix à tous les niveaux notamment sur le plan local, national, régional qu’international. Dans son mot adressé à l’assistance, le président intercommunautaire du Nord-Kivu, Jérôme Paluku, a d’entrée de jeu indiqué que partout où se trouvent des humains, les échanges se font. Ceux-ci peuvent se faire par des biens et même au moyen de la parole. Il évoque l’adage selon lequel, un foyer ou ses membres ne se parlent pas, est un cimetière. Raison pour laquelle les communautés des provinces martyres du Nord, Sud-Kivu, et Ituri, ont décidé de porter à la face de la nation congolaise et du monde entier, les désidératas de leurs entités. Elles sont prêtes à apporter un narratif autre, en se consultant régulièrement en vue de faire face aux situations malheureuses qu’elles traversent et ainsi contribuer ensemble à la paix durable et au développement total de leurs provinces respectives malgré que de nombreuses vies sont fauchées.

Reconstruire la paix durable
‘’Nous sommes réunis pour inaugurer une nouvelle approche de travail construite sur les consultations régulières en vue de devenir des acteurs incontournables dans la recherche des solutions aux problèmes de conflit et de sous-développement de nos provinces respectives, qui regorgent autant des ressources humaines de contribuer efficacement au développement du pays’’, a indiqué Jérôme Paluku, et d’ajouter que le mariage entre les communautés et la société civile, vient transformer la victime et le bourreau en acteur de la reconstruction de la paix et de développement. Ces communautés sont convaincues qu’en se parlant, elles sont plus fortes dans la cohésion intercommunautaire, en faisant de leur indifférence, leur force et une inépuisable richesse.
Présentation du cadre de consultation
Pour sa part, Désiré Kashemua, président de l’intercommunautaire du Sud-Kivu, a présenté cette structure créée en 2025, ainsi que la date de la signature de son acte constitutif. Il s’agit du fruit d’échanges et de collaboration informelle entamée depuis de nombreuses années entre les différentes communautés et les organisations de la société civile spécialisées dans les questions de paix, de sécurité et de cohésion sociale, représentées par Me Patient Bashombe, Coordonnateur National de la Dynamique communautaire pour la cohésion sociale et le développement (DYCOD-RDC), qui a abouti à la nécessité de mutualiser leurs forces par la mise en place de cette plateforme.
Objectif du cadre de consultation
S’agissant des objectifs que le présidium du cadre s’est assigné, Désiré Kashemua a indiqué qu’il s’agit de contribuer aux efforts de rétablissement de la paix, du développement de ces trois provinces en proie aux conflits armés.
Ces communautés s’assignent comme missions, d’organiser des séances des réflexions et d’analyses de contexte de ces provinces ; Mener des actions de plaidoyers auprès des décideurs à tous les niveaux pour la restauration de la paix et le développement de ces trois provinces ; Rassembler les fils et filles du Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri autour de l’initiative de Paix et de développement ; Sensibiliser les communautés à la résolution pacifique des conflits et à la cohabitation pacifique.
Désiré Kashemua a martelé qu’il n’est donc pas question de hasard que ces communautés se retrouvent ensemble pour unir leurs forces en vue de créer cette action. Il accentue que pendant plusieurs années, elles ont développé les mêmes idées de paix et ont également été poussées par leurs partenaires qui les encourageaient à se réunir. Cependant, pour de raison de crédibilité, les communautés devaient disposer d’un acte constitutif, notarié qui pouvait leur permettre d’ester en justice et être opposables vis-à-vis des tiers. A travers ce cadre, les communautés entendent également accompagner les programmes et les projets de stabilisation dont le désarment, la démobilisation, la réinsertion et la consolidation de la paix dans les trois provinces. Force est de souligner que le point culminant de toutes les actions que mènent ces communautés, c’est la recherche non seulement de la cohésion pacifique, mais aussi et surtout du développement de leurs entités.
Attributs du cadre de consultation
Dans un schéma explicatif, le président de l’intercommunautaire du Sud-Kivu a présenté les attributs du cadre. Il comprend notamment un logo composé de trois ‘’C’’, inscrit dans un cercle avec un trait d’union et la colombe. Le premier en rouge désigne la terre congolaise mais aussi le sang qui coule sur cette terre pour lequel, les communautés font un plaidoyer pour que ce sang arrête de couler. Le rouge symbolise les trois provinces martyres avec le sang qui coule et la volonté idoine que mènent les acteurs en l’occurrence les communautés pour arrêter cette hémorragie.
Le deuxième ‘’C’’ en jaune, représente les richesses minières que regorgent et partagent ces trois provinces. Les richesses pour lesquelles les voisins envient et viennent exploiter illégalement. Il s’agit également de la richesse des hommes et des femmes qui ont un cerveau et qui disposent des capacités et qui sont capables de mener des plaidoyers de paix, de cohésion nationale pour le bénéfice des populations respectives. Le troisième ‘’C’’, c’est le bleu, symbole de développement. Pour Désiré Kashemua, tout ce que les communautés mènent comme plaidoyer au niveau national, régional doit aboutir au développement des communautés et des populations. La colombe est comprise comme étant la paix, le leitmotiv de toutes leurs actions.
Valeurs intrinsèques que portent les communautés
S’agissant des valeurs intrinsèques qui lient les trois communautés et l’organe de la société civile représentée par la DYCOD-RDC, le président Kashemua a fait savoir qu’il s’agit des valeurs humanistes. C’est le cas l’unité dans leur démarche et dans tout ce qu’elles poursuivent. C’est aussi l’honnêteté, le partage, la bonne moralité, l’esprit d’écoute, la disponibilité, le vivre ensemble, la sincérité, la gouvernance participative, l’amour du prochain, le dévouement pour la cause de la paix, l’indépendance et la neutralité etc.
Mot de lancement officiel du cadre de consultation
C’est président de l’intercommunautaire de l’Ituri, Félix Kabwizi qui a donné le go du lancement du cadre de consultation des communautés ethniques de ces trois provinces, soulignant que ces dernières ne peuvent être oubliées dans le processus de paix, dans la mesure où elles ne constituent pas de simples bénéficiaires des initiatives de stabilisation. Bien au contraire, elles constituent de véritables actrices.
Félix Kabwizi a martelé que le retour de la paix dans leurs provinces est une urgence extrême. C’est un grand rendez-vous auquel les communautés ne peuvent pas manquer. Car, elles aspirent à vivre dans la paix et la réconciliation. Elles veulent reconstruire la confiance et restaurer la dignité humaine. ‘’Ces communautés ont droit d’être associées aux discussions sur le retour de la paix. Elles doivent avoir un mot à dire sur les accords de paix que négocient les belligérants. Ce cadre de consultation lancé aujourd’hui, se veut un pont entre Kinshasa et les réalités du terrain. Il servira de canal pour orienter des partenaires, informer les autorités, anticiper les crises et coordonner les efforts. Trop de projets échouent faute d’implication des communautés. Toute initiative de paix ou de développement, doit être conçu par, avec et pour les communautés. Sans elles, il n’aura ni paix durable, ni développement inclusif ‘’, a accentué le président de l’intercommunautaire de l’Ituri.
Accompagnement de la société civile
Associée à cette cérémonie de lancement du cadre de consultation des communautés ethniques du Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri, la Dynamique communautaire pour la cohésion sociale et le développement (DYCOD-RDC), plateforme citoyenne de la société civile, joue un rôle crucial dans l’accompagnement des dites communautés. Son Coordonnateur national Me Patient Bashombe Matabishi, dans son mot à cette activité, a d’entrée de jeu, attiré l’attention de l’assistance sur le fait que les conflits ont fragilisé le tissu socio-économique des provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri en entamant la cohésion et le vivre ensemble. Et pourtant au cœur même de cette complexité, réside une force transformatrice et essentielle qui sont les communautés elles-mêmes. Me Patient Bashombe a indiqué par ailleurs que ces communautés ont prouvé leur capacité de résilience, leur savoir et leur volonté de vivre-ensemble. Malheureusement, elles ont toujours été compromises par plusieurs défis.
Me Patient Bashombe a fait remarquer que la paix recherchée ne s’impose pas. Mais elle se construit entre les communautés. Ainsi, tout doit revenir sur le rôle des communautés ‘’, a-t-il soutenu. Le Coordonnateur national de la DYCOD-RDC a traduit sa grande satisfaction de la réussite de leur initiative louable avec les communautés, laquelle est opportune et salvatrice dans le contexte ou les provinces précitées, sont aux prises aux violences et l’agression du Rwanda. ‘’Nous devons accompagner les communautés et la société civile à participer dans le processus de paix en cours. Entant que société civile, nous avons commencé à travailler avec les communautés pour assurer la coordination technique de tout ce qui se fait. Il s’agit de la coordination du rapportage de tout ce qui se fait par les communautés, renforcer leurs capacités non seulement dans les plaidoyers, mais également dans la diplomatie citoyenne’’, a précisé Me Patient Bashombe.
Il faut rappeler que le lancement officiel de ce cadre de consultation a connu la participation des députés et Sénateurs, du Coordonnateur du Mécanisme National de suivi de l’accord Cadre d’Addis Abeba, le professeur Alphonse Ntumba Lwaba, le représentant du Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat, le représentant du Coordonnateur du PDDRC-S, les ambassadeurs accrédités en RDC, les évêques des trois provinces respectives, les membres des communautés ethniques du nord, Sud-Kivu et Ituri, et membres de la société civile, plus particulièrement de la DYCOD-RDC et du Comité de crise pour la paix et la Sécurité en RDC (CCPS-RDC).
Nico Kassanda













