Alors que la RD Congo s’enfonce dans le chaos importé du Rwanda, deux ministres illustrent parfaitement l’art de survivre au pouvoir sans résultats tangibles : Jean-Lucien Bussa Tongba et Guy Loando Mboyo. Leur spécialité ? Transformer leurs ministères en vitrines médiatiques malgré des résultats inexistants tout en cultivant des réseaux clientélistes.
L’actuel ministre de l’Aménagement du Territoire (depuis août 2025), Jean-Lucien Bussa Tongba, a méthodiquement gravi les échelons depuis 10 ans de manière ininterrompue : Ministre du Plan (2016, gouvernement Badibanga), Ministre du Commerce extérieur (2017-2024, gouvernement Tshibala, Ilunkamba et Sama Lukonde), Ministre du Portefeuille (2024-2025, gouvernement Suminwa).
Pourtant, chaque passage laisse un goût d’inachevé. Au Commerce extérieur, malgré ses 50 réformes autoproclamées, la RDC reste 175e sur 190 au classement Doing Business. Au Portefeuille, son “plan de relance” de la MIBA (50 millions USD) n’a pas empêché la faillite technique de la Gécamines. Selon ses propres dires : “Aucune entreprise publique congolaise sous sa responsabilité n’a réalisé un quelconque bénéfice”.
À l’Aménagement du Territoire, il hérite d’un ministère que Guy Loando, son alter ego, a quitté dans un “vibrant au revoir” médiatique, mais où l’urbanisation sauvage persiste. Comme à son habitude, Jean-Lucien Bussa est encore et toujours ministre. Son unique talent ? Se maintenir au pouvoir depuis 10 ans maintenant en véritable cameleon ministériel digne d’un parcours exécutif en musique de chambre.
L’actuel ministre des Relations avec le Parlement (depuis août 2025), Guy Loando Mboyo, a suivi un parcours atypique : Sénateur (2019-2021), Ministre de l’Aménagement du Territoire (2021-2025, gouvernements Sama Lukonde et Suminwa) et depuis Août 2025 Ministre en charge des Relations avec le Parlement. Pourtant, derrière les doctorats honorifiques et les fondations humanitaires, le bilan est accablant.
Sa “réforme phare” (l’ANAT) n’a permis aucune planification territoriale concrète. Les 2 bus offerts à son ministère en partant coûtent plus cher que son plan d’urbanisme pour Kinshasa. Sa Fondation Widal, bien que médiatisée, n’a formé que 0,02% des chômeurs congolais. Guy Loando Mboyo, malgré un Curriculum Vitae trop bien huilé, n’est rien d’autre qu’un ministre influenceur, un roi des réseaux sociaux.
Il maîtrise l’art de la diversion : 87 posts Facebook en 2024 contre seulement 3 décrets d’application publiés, un livre sur “le Congo d’après-Covid” … alors que son ministère n’a pas sorti un seul rapport d’activité mais il collectionne tout de même des “diplômes honorifiques” douteux (Californie, 2022) pour masquer l’absence de diplômes congolais en urbanisme. Il suffit de circuler dans la capitale pour vous en rendre compte.
Le point commun entre Jean-Lucien Bussa et Guy Loando est leur parfaite maîtrise de l’art de la survie politique et de la rotation stratégique. Ils publient 5 fois plus sur les réseaux sociaux qu’ils ne signent d’arrêtés ministériels. La famille Bussa contrôle au moins 12 postes clés tandis que Guy Loando, le philanthrope, confond la fonction ministérielle à la présidence d’une ONG. Ils incarnent la tragédie congolaise et avec eux, la pantomime continue.
Jean-Lucien Bussa, le technocrate sans aucun résultat nulle part, survit par allégeance. Guy Loando Mboyo, l’influenceur politique, préfère les hashtags aux résultats. Le peuple attend toujours des routes au lieu des selfies, des hôpitaux plutôt que des doctorats fantômes et un aménagement du territoire concret au lieu de séminaires luxueux. Ils changent de ministère comme on change de filtre Instagram, mais la misère, elle, reste en HD.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













