“À Kinshasa, la présentation de sept soldats rwandais et de huit civils capturés dans l’Est sonne comme un acte d’accusation sans appel contre le Rwanda. Les grades, les unités, les lieux de capture : chaque détail délivre un récit glaçant d’agression et de déstabilisation économique”.
Ce n’était pas une simple conférence de presse. Ce samedi 3 janvier à Kinshasa, la salle du Service de Communication des FARDC s’est transformée en tribunal improvisé où les preuves étaient humaines, silencieuses et accablantes. Face aux caméras, alignés, sept hommes en tenue. La RDC a toujours affirmé avec des preuves qu’elle est agressée par le Rwanda.
Leurs visages fermés, leurs noms, leurs grades, leurs unités dévoilés au micro par le lieutenant-colonel Mak Hazukay, commandant adjoint du SCIFA, tissent une tapisserie d’horreur et de vérité crue pour la RDC : l’agression rwandaise n’est plus une allégation, c’est une capture. “Aujourd’hui, les FARDC vous ont invités pour vous présenter sept militaires officiers rwandais”, a déclaré l’officier, sa voix chargée d’une gravité qui pesait sur l’assistance.
La phrase, simple, résonne comme un coup de tonnerre après des années de déni de Kigali. Parmi ces hommes, un major et un capitaine. Le premier, Muli Pudou Jean-Paul, n’est pas n’importe quel soldat. Il est de la direction d’intelligence des RDF, l’armée rwandaise. Son commandant direct ? Un général. Sa capture ? À Goma, cœur stratégique du Nord-Kivu, à des dizaines de kilomètres de la frontière. Le second, Guillaume Baré Joseph, est un capitaine arrêté pour espionnage.
Comment le Rwanda peut-il encore parler de « mesures défensives » quand ses officiers de renseignement opèrent en profondeur dans une métropole congolaise ? La liste se poursuit, implacable. Un soldat du 2e bataillon RDF de Rutshiro, capturé blessé à Sake. Un autre du bataillon basé à Ngisenyi, pris à Minémi. Un du bataillon Radar de Rumangase, arrêté à Kaziba. Un dernier du 103e bataillon, intercepté au front nord d’Uvira. Chaque nom, chaque unité, chaque lieu est un clou dans le cercueil des mensonges de Kigali.
“Nous les trouvons très loin de la frontière, ce qui prouve que la raison des mesures défensives avancées par Kigali était pure dans son régime”, assène le lieutenant-colonel Hazukay. L’argument est imparable : on ne mène pas une guerre défensive sur le territoire de son voisin. Mais l’exposé prend une dimension encore plus sinistre, plus révoltante, lorsqu’il aborde le sort des huit civils arrêtés, ressortissants de pays de la sous-région. Leur crime ? Une implication dans “l’exploitation liée au commerce du tabac”.
Parmi eux, trois Tanzaniens. Le lien est alors brutalement établi par l’officier congolais : “Il est aussi observé qu’en manipulant certains ressortissants des pays de la sous-région et des groupes armés d’un rêve macabre, Kigali cherche à régionaliser le conflit.” Le terme est lâché : rêve macabre. Il dépasse le cadre militaire pour dessiner une stratégie de chaos plus vaste. Il ne s’agirait pas seulement d’envoyer des troupes, mais de corrompre, d’instrumentaliser les communautés et les économies locales.
De créer des dépendances criminelles pour verrouiller l’emprise sur les richesses du Kivu. L’arrestation de civils pour trafic de tabac n’est alors pas un détail anecdotique ; c’est la révélation d’un versant économique de la guerre, une exploitation organisée qui saigne les ressources congolaises tout en achetant des complicités. Cette présentation est un acte de guerre médiatique et diplomatique d’une force révulsante.
Elle met le Rwanda au pied du mur, devant des preuves qu’il ne pourra balayer d’un revers de la main. Elle donne un visage à des années de souffrances, de massacres et de déplacements dans l’Est de la RDC. Ces sept soldats, ces huit civils, sont les symboles vivants d’une agression niée mais bien réelle, et d’une stratégie de déstabilisation qui utilise aussi bien les armes que le commerce illicite.
Pour les Congolais, c’est une validation amère de leurs pires craintes. Pour la communauté internationale, habituée aux dénégations sophistiquées de Kigali, c’est un dossier accablant qui exige désormais une réponse claire. La RDC, par la voix de ses militaires, ne crie plus seulement à l’agression. Elle expose ses agresseurs. Le « rêve macabre » est désormais sous les projecteurs. Le réveil, pour le Rwanda et ses alliés, risque d’être brutal.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













