Alors que le conflit dans l’Est de la RD Congo s’enlise dans une violence militarisée, une autre bataille, tout aussi destructrice, se joue dans l’ombre : celle de l’information. Le Rwanda, accusé par l’ONU et plusieurs gouvernements de soutenir militairement le RDF/M23 , mène également une guerre informationnelle hybride implacable contre la RDC.
Avec une stratégie cynique et industrielle reposant sur des “meutes numérisées” – des réseaux organisés de comptes automatisés, d’influenceurs pro-gouvernementaux et de trolls – qui inondent les réseaux sociaux de propagande, de désinformation et de discours haineux visant à justifier l’agression rwandaise, diaboliser les Congolais et manipuler l’opinion internationale en victimisant des civils imaginaires.
Ce poison numérique, ce poison rwandais, aussi dangereux que les armes, mérite d’être exposé. Le Rwanda, sous la présidence de Paul Kagame, a perfectionné l’art de la manipulation en ligne. Des rapports indépendants et des enquêtes médiatiques ont révélé l’existence de “fermes à trolls” opérant depuis Kigali, où des employés – parfois contraints – produisent en masse du contenu pro-gouvernemental et anti-RDC.
Ces réseaux utilisent des bots et faux comptes pour amplifier les messages. Des mots-clés stratégiques (#RwandaUnderAttack, #FakeNewsRDC) pour noyer les critiques. Des deepfakes et montages pour discréditer les opposants. Ainsi, la désinformation est utilisée comme arme de guerre. Plusieurs fausses informations ont été propagées par ces réseaux, notamment : “la RDC soutient les génocidaires FDLR”.
Un récit utilisé pour justifier l’intervention rwandaise, malgré les démentis des experts indépendants. “Les FARDC massacrent les Tutsis” – Une rhétorique visant à provoquer un sentiment de victimisation et à légitimer le RDF/M23. “La France et l’Afrique du Sud arment la RDC” – Une fake news démentie par les gouvernements concernés. Ces récits sont relayés par des influenceurs rwandais et des médias satellites (comme KT Press ou The New Times).
Ils créent ainsi une chambre d’écho mondiale. La haine industrielle rwandaise en ligne est un carburant pour les massacres des civils Congolais. C’est un recyclage des rhétoriques génocidaires utilisés par le Front Patriotique Rwandais pour conquérir le pouvoir en 1994. Les discours haineux contre les Congolais rappellent sinistrement la propagande qui a précédé le génocide de 1994. Le temps a changé mais le mode opératoire reste le même.
Des termes comme “cockroaches” (cafards) ou “invaders” sont utilisés pour déshumaniser les Congolais et justifier les violences. Les communautés congolaises et rwandaises en Europe et en Amérique sont souvent instrumentalisées. Des comptes pro-Rwanda attisent les tensions en ligne. Ils alimentent les divisions et les violences physiques. Malgré les signalements répétés, les géants du web ne modèrent pas suffisamment les contenus haineux en langues locales (kinyarwanda, swahili).
Des chercheurs ont documenté comment des appels au meurtre restent en ligne pendant des semaines. L’ONU et l’Union Africaine condamnent timidement la désinformation, mais aucune sanction concrète n’est prise contre les responsables rwandais. Pire, certains médias occidentaux reprennent sans vérification les narratifs de Kigali. Comment contrer ce poison numérique (Poison Rwandais) ?
Il est impératif de renforcer la Cybersécurité Congolaise, créer des cellules de veille médiatique pour traquer les fake news et former des journalistes fact-checkers locaux. Il faut sanctionner les commanditaires, geler les avoirs des officiels rwandais impliqués. La RDC doit faire pression sur les GAFAM pour supprimer les comptes toxiques. Il faut une contre-narration puissante. Documenter et diffuser les preuves des crimes rwandais (comme les rapports de l’ONU sur le soutien au M23 ).
Mobiliser les artistes et intellectuels pour une campagne médiatique mondiale. La bataille pour la vérité est une bataille pour la survie. Les meutes numérisées rwandaises ne sont pas une simple nuisance : elles tuent. En diabolisant la RDC, en légitimant l’agression militaire et en divisant les Congolais, elles prolongent une guerre qui a déjà fait des millions de morts. Il est temps que le monde ouvre les yeux. Avant que le “Poison Rwandais” ne devienne pandémie.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













