Les obsèques d’Etienne Tshisekedi sur fond des tensions

Alors que tout le pays et spécialement la capitale Kinshasa vit déjà au rythme des funérailles du Sphinx de Limete, son parti l’UDPS est secoué par une crise.

C’est peut-être l’une des raisons qui expliqueraient pourquoi l’organisation des obsèques est confiée à la famille. Deux camps se sont pratiquement formés. L’un soutenant le maintien d’Augustin Kabuya en qualité de SG  et l’autre plaidant la formation d’un Directoire avec sa tête Jacquemin Shabani, président de la Centrale Electorale Permanente (CEP).

Kabuya se défend

En RDC, le nouveau secrétaire général du parti présidentiel, Augustin Kabuya, répond aux critiques sur sa nomination alors que depuis plusieurs semaines, une crise agite l’UDPS au sujet de la succession de Félix Tshisekedi, désormais chef de l’État. Actuellement, c’est Jean-Marc Kabund, également vice-président de l’Assemblée nationale, qui assure l’intérim à la tête de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Dans le même temps, c’est Augustin Kabuya qui le remplace depuis le samedi 18 mai au poste de secrétaire général qu’il occupait.

Dans son bureau de Limété, au siège de l’UDPS, Augustin Kabuya égrène les fonctions qu’il a exercées dans le parti, se targue d’en avoir gravi tous les échelons et n’accepte pas qu’on remette en cause sa légitimité : « Se retrouver aujourd’hui comme secrétaire général, ce n’est pas un cadeau. Je connais l’UDPS comme quelqu’un qui connaît sa poche. »

En effet, MM. Kabund et Kabuya doivent affronter la fronde de plusieurs cadres du parti, dont le président du groupe parlementaire UDPS, Léon Mubikayi. Ce dernier a donné mercredi 22 mai une conférence de presse pour réclamer la mise en place d’un directoire.

Ce dernier se composerait de trois personnes et serait chargé dans les 30 jours d’organiser un congrès du parti pour remplacer Félix Tshisekedi. Il met notamment en avant l’article 26 des statuts du mouvement politique, qui explique la procédure à suivre en cas « d’empêchement » du président du parti.

« Félix Tshisekedi n’est pas empêché définitivement »

Pour Augustin Kabuya, ceux qui brandissent cet article 26 des statuts de l’UDPS pour réclamer la mise en place d’une direction temporaire à trois têtes, en attente d’un congrès, cherchent « à tromper l’opinion » :

« L’article 26 intervient en cas d’empêchement définitif. Or, dans le contexte actuel, le chef de l’État Félix Tshisekedi n’est pas empêché définitivement. Le chef de l’État est en détachement pour un mandat de l’État. Ce qui se passe ici, c’est un acharnement et c’est de la mauvaise foi. Ils sont en train de monter des enchères pour être casés quelque part. »

À ses côtés, le député UDPS Tony Mwaba déplore que le président de son groupe parlementaire ait pris position publiquement sans attendre la fin des consultations engagées par le président Félix Tshisekedi : « Le chef de l’État a dit qu’il a rendez-vous avec les principaux protagonistes pour qu’on trouve une solution en famille. Alors qu’on attendait la suite, nous-mêmes avons été surpris par la déclaration faite par certains de nos collègues. Ils ont mis vraiment de l’huile sur le feu. »

Ce député appelle à « dépassionner le débat » et propose qu’une équipe de travail, composée d’élus du parti, fasse des propositions de sortie de crise.

Soutien des fédérations de Kinshasa à Kabund et Kabuya

Les 4 fédérations de Kinshasa de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) ont réitéré leur confiance en Jean Marc Kabund comme président intérimaire de l’UDPS et soutiennent Augustin Kabuya comme secrétaire général du parti.

Au cours d’une déclaration à la presse dimanche dans la commune de Lemba, les 4 présidents fédéraux ont également fustigé les comportements de certains membres du parti qui veulent ternir l’image d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba.

Depuis la décision prise par le président intérimaire du parti, Jean-Marc Kabund, de nommer Augustin Kabuya comme secrétaire général de l’UDPS, une vive polémique a gagné certains milieux de ce parti qui souhaitent la mise en place d’un directoire composé du président de la Convention Démocratique du Parti (CDP), du secrétaire général du parti et du président de la commission électorale permanente. Jusque-là, l’autorité morale du parti, le président Félix Tshisekedi reste encore silencieux.

Décor planté pour les obsèques

Un coup de balai est en train d’être donné aux abords du Stade des Martyrs qui abritera les obsèques de l’opposant historique. La structure métallique devant porter le podium est en train d’être monté au Stade des martyrs de Kinshasa. La lumière, le décor, le tapis et tous les autres dispositifs se mettent en place. Au siège du parti dans la commune de Limete, un podium a été érigé. Et le siège du parti a été repeint. Les affiches pharaoniques à l’image du Docteur Etienne Tshisekedi arpentent la ville. On peut y lire des slogans à la gloire d’E. Tshisekedi : ‘’ Père de la démocratie’’.  Un service ad hoc d’accréditation des journalistes internationaux et nationaux est installé depuis ce lundi 27 mai soir.

Les obsèques confiées à la famille

Augustin Kabuya, désigné récemment secrétaire général de l’UDPS, affirme que l’organisation des obsèques d’Étienne Tshisekedi a été confiée à la famille. Ce qui expliquerait sans doute la présence dans le comité organisateur de l’un des fils du défunt.Roger Tshisekedi est le frère de l’actuel chef de l’État. Avec lui, des membres du parti et des proches de la famille biologique.

À eux se joindront certains membres du gouvernement, comme l’a expliqué Lucien Lundula, le coordonnateur de la structure au cours d’une conférence de presse.

« C’est un héros »

Selon ce dernier, au lieu d’un deuil, Étienne Tshisekedi sera fêté « parce qu’il est le symbole de l’archétype même des valeurs positives et immuables partagées par l’ensemble de la population ».

« C’est un héros qui sera célébré ! », clame-t-on dans les rangs des partisans de l’UDPS. Mais aucune place ne semble avoir été aménagée pour un rapprochement des tendances qui s’affrontent actuellement au sein du parti.

Du moins, l’intransigeance des uns et des autres le fait penser. Les regards sont tournés désormais vers le président de la République pour une probable implication personnelle.

 

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