Les tourbillons « Ngobila » qui engloutissaient les bateaux

Ngobila, il ne s’agit pas de Gentiny, ni de Beach mais de Ngobila le vrai, un ensemble des tourbillons du fleuve Congo. C’est aussi le nom d’un ancien chef de terres qui dirigeait les deux villages Batéké opposés en amont sur le fleuve dans cette contrée, tributaire du roi Makoko qui régnait avant l’arrivée des explorateurs européens.

Le bateau venait de quitter le port de l’Onatra son lieu d’attache à Kinshasa pour un long voyage à destination de Mbandaka en direction de la source du fleuve donc en amont. Le bateau avec ses barges et ses puissants moteurs vont livrer un combat titanesque contre le fleuve Congo qui durera plusieurs semaines avant d’arriver à destination. Un fleuve au puissant courant de suite à son inclinaison au fur et à mesure qu’il continuera sa course effrénée vers l’océan Atlantique situé à basse altitude. D’où, le Bas- Congo ! Le Congo d’en bas.

Le bruit des moteurs variera selon les difficultés rencontrées lors de la remontée par endroit dans une sorte de musique instrumentale à la mélodie non-homogène et hors des gammes. Après avoir quitté Kinshasa, le bateau va naviguer toute la nuit, atteindra Kwamouth le jour d’après dans les avant-midi. D’habitude, après avoir dépassé les Maluku, Mambuntuka, Nkana, Libali, Mayi mpili, Longoli, Aviation, Ngabenge, Kunzulu, Menko et bientôt à Kwamouth, une cité qui fait face à Ngabé du côté Congo- Brazzavillois.

Mais avant d’arriver à Kwamouth, le bateau va affronter le redoutable Ngobila, une cascade des tourbillons répandue sur une vaste superficie. Les eaux du fleuve vont commencer à bouillonner comme l’eau du foufou dans une casserole. Les eaux vont se révolter et entrer en ébullition, des tourbillons à perte de vue comme si le fleuve voulait engloutir tous les bateaux. De part et d’autre du fleuve ,les deux villages Ngobila ( français et belge).

Le bateau commencera à remonter le fleuve au ralenti à cause du courant si fort dans cet endroit, le cordage des barges bien serré et renforcé pour ne pas rompre vu la puissance des tourbillons. Le bateau gémissant de douleur et appelant au secours, les pleurs de la ferraille. D’après la légende, Ngobila fut à l’époque les refuges de génies des eaux qui, une fois fâchés, pouvaient engloutir tout un bateau. Et pour calmer leurs humeurs massacrantes, il fallait faire tout ce qu’il faut pour apaiser les esprits. On leur jetait soit des pains ,casiers de bière, machines à coudre, bidons à huile, sel ,sucre, sardines, limonades etc.

Tout ce qui était susceptible de calmer les esprits afin qu’ils laissent passer le bateau. Les tourbillons Ngobila sont en quelque sorte un ancien cimetière fluvial des épaves de bateaux. Ngobila, notre triangle des Bermudes. Ce n’est qu’après le bras de fer qui dure quelques 30 minutes à peu près avec les tourbillons que le bateau va enfin reprendre sa vitesse normale après le dépassement. Et au sortir des tourbillons Ngobila, il arrivera à Kwamouth « Malela dit Kwaro », on entendra de loin le bruit de Ngobila comme une marmite bouillonnante entrain de s’éloigner petit à petit.

Ngobila a donné son nom au beach Fima et à une chanson éponyme de Koffi Olomide. D’après une certaine rumeur, depuis l’indépendance de la République démocratique du Congo en juin 1960, les génies de Ngobila ont revu leurs exigences à la baisse. Ils se sont calmés pour toujours. Les bateaux ne sont plus engloutis comme avant. Cependant Ngobila fait toujours très peur. Les tourbillons en lingala les « Bweta ».

Dary Abega / Lobjectif.net

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