Excellence Monsieur le Président,
Dans nos qualités respectives de polymathe, journaliste, écrivain et chercheur, héritier d’une longue tradition intellectuelle congolaise qui remonte à Kimpa Vita et Patrice Lumumba, nous nous adressons à vous non en courtisans, mais en sentinelles critiques de la nation. Notre rôle, dans cette heure grave, est de tirer la sonnette d’alarme avec la force de la raison et la clarté de la vision, comme le firent en leur temps les prophètes et les philosophes devant les puissants.
Premier impératif : La jeunesse congolaise, cette armée civile en attente
Plus de 70% de notre population a moins de 25 ans. Cette jeunesse n’est pas un fardeau statistique ; c’est une déferlante démographique, une énergie tellurique qui attend son canal. Aujourd’hui, elle est orpheline de récit structurant, de philosophie mobilisatrice. Elle erre entre la résignation et la colère, tandis que le pays est en proie à des périls d’une gravité extrême. L’Histoire nous enseigne qu’aucune nation ne s’est édifiée sans l’adhésion fervente de sa jeunesse.
La France de De Gaulle, la Chine de Mao – pour le meilleur ou pour le pire – ont su forger un récit national qui a canalisé les forces vives de leur jeunesse. Il vous manque, Monsieur le Président, ce “discours de la méthode congolaise”, cette ligne philosophique et politique qui transformerait l’angoisse collective en volonté nationale. Sans cette colonne vertébrale idéologique, toutes les politiques, même les mieux intentionnées, resteront des coquilles vides.
Deuxième impératif : La surmilitarisation, unique horizon stratégique jusqu’en 2028
Face à la menace existentielle que fait peser le Rwanda et ses proxies, les demi-mesures sont des capitulations. La diplomatie, sans la dissuasion de la force, n’est que verbiage. Nous vous le disons avec la certitude de l’évidence : il faut lever l’armée la plus nombreuse de notre histoire. Un à deux millions de soldats. Ce chiffre, qui peut sembler démesuré, est à la mesure du péril et de notre masse démographique.
Cette ambition est financièrement soutenable. L’économie informelle, si elle était structurée et fiscalisée, représente un gisement de ressources considérable. La révision des contrats miniers avec une fermeté inédite, la lutte réelle contre la corruption qui saigne l’État, et une mobilisation budgétaire priorisant absolument la défense peuvent y pourvoir. Votre mission historique, votre seul horizon jusqu’en 2028, doit être la surmilitarisation de la RDC.
Il s’agit de créer un fait stratégique irréversible : rendre toute agression contre la RD Congo si coûteuse qu’elle en devienne impensable pour nos voisins.
Troisième impératif : La refonte doctrinale de l’armée : la victoire comme seul critère
Une grande armée n’est rien sans une grande doctrine. L’armée congolaise doit cesser d’être une administration où l’on avance à l’ancienneté ou à la loyauté politique, pour devenir une machine à vaincre. Cela implique une révolution culturelle.
Fin de la complaisance et de la déloyauté : Épurer les rangs des généraux-fantômes et des traîtres potentiels. Le soupçon qui pèse sur certains éléments doit être levé par des actes, pas par des discours.
Souveraineté de la formation : Nous disposons de compétences militaires locales. Il faut cesser de dépendre de instructeurs étrangers aux agendas souvent troubles. Structurons notre propre doctrine de combat, adaptée à nos terrains et à notre ennemi.
Méritocratie agressive : Toute promotion d’officier doit être conditionnée à un fait d’armes vérifiable, une victoire sur le terrain. À l’inverse, toute défaite, toute reculade doit entraîner un limogeage immédiat. Il est insupportable de voir des généraux rwandais humilier notre nation sans qu’aucun de nos officiers ne se lève pour remporter des victoires et restaurer notre honneur. La carrière militaire doit être un sacerdoce où l’on monte en grade en montant à l’assaut.
Quatrième impératif : L’administration, colonne vertébrale de la nation, et l’urgence de 2028
La réforme de l’administration publique n’est pas une question technique ; c’est un impératif de sécurité nationale. Une administration corrompue, inefficace et déloyale est la cinquième colonne qui mine l’État de l’intérieur. Elle ne peut être l’outil de mobilisation nationale dont nous avons besoin. Et cela nous mène à l’échéance de 2028.
La volonté de certains de vous maintenir coûte que coûte au pouvoir ne doit pas se faire au détriment de l’intégrité du territoire. La manœuvre est subtile et mortifère : sacrifier la stabilité et l’unité du pays sur l’autel des ambitions personnelles. Monsieur le Président, l’Histoire vous jugera sur un point : avez-vous sauvé le Kivu ou l’avez-vous laissé se balkaniser ?
Ne soyez pas celui qui, par inaction, calcul politique ou faiblesse, aura permis au projet fou de Paul Kagame – celui de donner le Kivu à ses enfants – de se réaliser. Ce n’est pas vous qui céderez officiellement le Kivu, mais c’est à cette tragédie que mènera l’absence de sursaut.
Le mot d’ordre de l’Histoire
Tout dépend de vous. Rien que de vous. Le sursaut national n’attend pas un leader aimé, mais un leader intransigeant sur la souveraineté et la dignité. La jeunesse congolaise, cette armée civile et militaire en puissance, n’attend qu’un mot d’ordre, un récit dans lequel se jeter pour écrire une nouvelle page de l’Histoire, une page de victoire, de fierté retrouvée et de fin définitive des cauchemars expansionnistes de nos voisins.
Un seul bracelet ne fait pas de bruit. La jeunesse doit être unie et mobilisée autour d’un récit commun. La surmilitarisation de la RDC nécessite la convergence de toutes les ressources nationales. La refonte de l’armée exige la coordination de la doctrine, de la loyauté et du mérite. L’administration doit fonctionner comme une chaîne solide, sans maillons faibles. L’heure n’est plus aux compromis. Elle est à la fondation. Prenez ce fardeau. Devenez le forgeron de ce sursaut. La postérité est à ce prix.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre profond respect et de notre vigilance patriotique.
TEDDY MFITU
Polymathe, Chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













