En RD Congo, l’Examen d’État (Exétat) est bien plus qu’un simple diplôme : c’est un rite de passage social, un marqueur d’ascension et une clé pour l’enseignement supérieur. Pourtant, ces dernières années, cet examen a été miné par des dysfonctionnements — fraudes, pressions politiques, inégalités d’accès — qui en ont érodé la crédibilité.
Alors que la Ministre d’État Raïssa Malu, reconduite à la tête du ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et technique (EPST), impulse des innovations technologiques (comme l’IA pour la correction ), il est temps d’aller plus loin. Resacraliser l’Exetat exige une réforme systémique, qui dépasse la simple célérité des résultats pour restaurer sa mission première : former une jeunesse compétente et intègre. Pourquoi l’examen d’État doit rester un pilier éducatif ?
Parce que c’est un rite social et culturel. En RDC, l’Exétat déclenche des célébrations populaires : cortèges dans les rues, fêtes familiales, et reconnaissance communautaire . Ce diplôme symbolise l’entrée dans l’âge adulte et l’espoir d’un avenir meilleur. Ailleurs, comme en France, le baccalauréat reste un sésame pour l’université, bien que sa réforme de 2021 ait réduit les épreuves finales au profit du contrôle continu.
C’est un levier d’équité. Dans un pays où l’accès à l’éducation est inégal, l’Exétat doit garantir une évaluation juste. Or, des rumeurs de falsification (démenties par le ministère ) montrent que la confiance du public est fragile. Le modèle français, malgré ses limites, tente de corriger les biais via des spécialités adaptées aux profils divers. Quelles sont les dérives à combattre ? La fraude et la politisation.
En 2025, des fake news ont accusé Raïssa Malu de manipuler les résultats, reflétant une défiance envers l’institution. La pression familiale pousse parfois à des excès : dépression chez les recalés, ou dépenses disproportionnées pour les fêtes de réussite. Il y a une inadéquation avec les besoins économiques. L’Exetat reste trop théorique, peu aligné sur les compétences requises par le marché (technologie, entrepreneuriat).
À l’inverse, la réforme du bac français intègre des spécialités comme le “Numérique et sciences informatiques” pour coller aux réalités professionnelles. Il faut renforcer l’intégrité des épreuves avec un audit indépendant. Il faut créer une commission mixte (ministère, société civile, experts internationaux) pour superviser la correction, inspirée du modèle de transparence partiellement mis en œuvre en 2025.
Il faut des sanctions renforcées. Il faut pénaliser sévèrement les fraudes, y compris chez les enseignants complices. Il faut moderniser les contenus en intégrant les STEM. Madame Raïssa Malu, physicienne et promotrice des sciences , pourrait impulser des épreuves pratiques en robotique ou coding, comme dans les lycées agricoles français. Il faut valoriser les filières techniques en créant un bac pro congolais.
Il faut rétablir la dimension humaine en aidant les recalés via des cellules d’écoute, pour éviter les drames liés à l’échec, mener des campagnes médiatiques pour réduire la pression sociale et les dépenses ostentatoires lors des célébrations et ouvrir l’Examen à l’Afrique. Il faut harmoniser les standards avec la SADC ou la CEEAC, comme le fait le bac français avec Parcoursup en collaborant avec l’UA.
Raïssa Malu, ex-membre du panel présidentiel de l’UA , pourrait piloter des partenariats pour des épreuves transnationales. Sous son impulsion, l’Exetat doit redevenir un symbole de mérite et d’innovation, loin des polémiques et des passe-droits. Cela suppose un cadrage politique fort, avec des lois protégeant l’autonomie de l’examen et des investissements durables (centres de correction high-tech, formation des enseignants).
Mais aussi une vision panafricaine, alignée sur l’Agenda 2063 que la ministre a contribué à promouvoir. Le diplôme n’est pas une fin, mais un pont vers l’avenir disait-elle en 2024. Il est temps de construire cet avenir dès aujourd’hui.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












