“Un riche laboureur sentant venir sa fin, fit venir ses enfants et leur parla sans témoins”. Ce fut presque le cas de Mariyus Noko Ngele l’activiste congolais et Pierre Harmel l’ancien Premier ministre belge, né à Uccle en 1911 et décédé à Bruxelles en 2009. A cette époque, Mariyus Noko Ngele était à couteaux tirés avec Louis Michel, le tout puissant député et commissaire européen.
Louis Michel, c’est le faiseur des rois au Congo, père de l’actuel Premier ministre belge Charles Michel. Il fît arrêter injustement l’activiste congolais naturalisé belge pour un fait avéré, celui de l’existence d’une magouille dans la gestion des fonds européens destinés aux pays de l’OCDE. Ce fut ne escroquerie.
Après une bataille judiciaire acharnée, remportée par Noko Ngele, Louis Michel dans une sorte d’abus de pouvoir fît embastiller son adversaire à la prison de Forest en Belgique pendant 102 jours dans le seul but de le faire taire. Heureusement pour lui, en Afrique Mariyus allait peut-être se retrouver six pieds sous terre. Et Pierre Harmel alors ?
Politicien influent, malade et atteint d’un cancer en phase terminale, Pierre Harmel attendait patiemment sa mort, mais avait un grand poids sur la conscience qui pesait vraiment sur lui. Chaque matin au réveil, il prenait ses médicaments, regardait la télévision et recevait des journaux pour s’informer. Réflexes naturels pour un ancien politicien, l’un des concepteurs de l’OTAN dont le siège se trouve à Evere en Belgique aujourd’hui.
Il fut parmi ceux qui complotèrent à l’élimination physique de Patrice Emery Lumumba, le premier ministre congolais assassiné en janvier 1961 et contribuèrent à la promotion de Joseph Désiré Mobutu qui devint président du Congo, ex-Zaïre en 1965. Pierre Harmel connut toutes les classes politiques congolaises successives de l’époque, et fut témoin lors du règlement du “contentieux belgo-congolais”.
À dire vrai : Pierre Harmel n’avait que peu d’estime envers les politiciens congolais de la façon dont ils complotèrent tous contre leur propre peuple et pays pour leurs intérêts égoïstes. Il fut donc un révolté mais quoi faire ? La machine impérialiste étant une machine implacable ! Il était mourant et voulut par cette occasion faire son méa-culpa aux congolais. Mais comment le faire ?
Il découvrit Mariyus Noko Ngele l’activiste à la télé et dans les journaux. Il se sentit soulager de voir enfin un congolais courageux et cohérent tenir tête à un nouveau tout-puissant colon en Europe Louis Michel. Il se dit : Ecce homo ! L’homme que j’attendais avant de partir. L’homme sur qui je me débarrasserais de tout mon fardeau.
Il envoya alors quelques-unes de ses connaissances bruxelloises dans la communauté congolaise pour lui retrouver ce nouveau “Lumumba” qui, lui-même ignorait l’existence de l’ancien Premier ministre belge. Il n’avait alors à cette époque jamais entendu parler de ce nom comme aussi beaucoup d’entre-nous. Ses émissaires furent porteurs d’un message d’invitation de Pierre Harmel adressé à Noko Ngele.
Il habitait alors vers Montgomery à Bruxelles. Méfiant et hésitant, Mariyus prendra un petit temps de réflexion avant de se résoudre enfin d’y aller le voir en tête en tête. Il ne savait pas encore ce qui lui attendait. Une fois devant la porte de son hôte, il sonna et verra un viel homme rongé par la maladie venir lui ouvrir. Après les civilités, Pierre Harmel proposa à boire à son invité.
C’était tout à fait normal. Mais Noko Ngele refusa sans complaisance et alla droit au but sur le pourquoi de l’invitation avec persistance. Un brin suspicieux après le dossier Louis Michel. “Oui, je vois que c’est l’homme que j’ai vu à la télévision. Tu es vraiment un homme entier. Un grand bravo. Ne change pas ton caractère. Tu es un homme intransigeant”.
Il se mit alors à expliquer à Noko Ngele l’activiste, l’état de sa santé et le but de son invitation. Il était sur une bonne voie, celle de la justice et du droit connaissant très bien la mentalité des hommes politiques congolais : corrompus, jouisseurs, inconscients et jamais constants. Il lui expliqua beaucoup de choses concernant la manière dont les occidentaux ont détruit le Congo, un pays jadis promis à un bel avenir.
Les occidentaux ont hypothéqué l’avenir de tout un peuple pendant des générations avec la complicité des politiciens congolais. Il promit à Noko Ngele de lui léguer toute sa paperasse en héritage pour mener à bien son combat contre l’impérialisme avilissant. Pour lui mettre l’eau à la bouche, Pierre Harmel lui tint un papier indiquant la façon dont les politiciens congolais furent floués par les élites belges.
La négociation de l’indépendance en janvier 1960 à Bruxelles mais aussi l’accaparement par les belges du patrimoine congolais lors du fameux “contentieux belgo-congolais” s’y trouvait. Il remit un indice à Noko Ngele, le jour où il va croiser l’un des anciens premier ministre congolais vivant en Belgique à cette époque, vénéré par ignorance, un fossoyeur de la République, qui brada les immeubles congolais de l’Onatra au profit de la Belgique pour se voir offrir un bicoque exigu à Bruxelles en récompense.
Aujourd’hui décédé, pourquoi Pierre Harmel insistait et comptait beaucoup sur Noko Ngele ? Parce qu’il redoutait qu’après sa mort, ses 3 enfants qui ne s’intéressaient guère à la politique puissent jeter tous ses documents précieux dans une poubelle de la voirie de Bruxelles. Il fallait donc sauver ce précieux sésame. Ce jour-là, Noko Ngele l’activiste n’en revenait pas et dans ses mains un rapport sur la destruction du Congo. Incroyable !
Venu en taxi à plein hiver, Noko Ngele ne se rendra pas compte de la distance entre la résidence bruxelloise de Pierre Harmel et lui. Il va marcher à pieds jusqu’à son domicile, très en colère et estomaqué par ce qu’il venait de découvrir. Avant de se séparer, Pierre Harmel lui dira de confirmer s’il était partant afin de récupérer toute sa paperasse au cas où il serait d’accord en héritage pour que ses enfants l’aident à la mettre dans des cartons.
Noko Ngele accepta, car pour lui, ce fut une mine d’or inexploitée. Le jour convenu, Mariyus se rendra chez Pierre Harmel qui va le présenter à ses enfants tous déjà majeurs et responsables. Il trouvera des tonnes de papiers mis dans des cartons empaquetés et prêts à être expédiés. Mariyus ne pouvant pas tout emporter, choisira quelques cartons et les restants seront gardés dans un coffre-fort familial aujourd’hui encore.
Les deux garderont un contact permanent. Avant de se séparer, Pierre Harmel souhaita bonne chance à Noko Ngele avec un dernier mot : “Dis à tes compatriotes congolais, votre combat à venir devrait être orienté sur le terrain juridique, pas avec des armes, mais juridique, dans un terrain de droit, car on vous a privé de tous vos droits de citoyen comme étant êtres humains. Battez-vous pour les récupérer ! Vos ennemis véritables sont-ici en Occident et non pas dans vos gouvernements qui ne sont que gérés à distance par nous”.
Nous occidentaux, on a peur de la justice. On ne veut pas que nos citoyens s’en rendent vraiment compte de ce que nous faisons subir aux Congolais”. Effectivement, le peuple congolais est privé de ses droits. Droit à la vie, droit au bonheur, droit au standard de vie, droit à la démocratie, droit à la justice, ni droit à un avenir radieux. Des esclaves de temps moderne.
Pierre Harmel décéda en 2009, libéré de tout son poids en guise après sa repentance. Lors de ses funérailles, Noko Ngele l’activiste sera convié aux obsèques devant la sommité de la classe politique mondiale. Parmi elle, un certain Louis Michel, son ennemi juré. Malgré le refus des gardes du corps de le faire passer, le fils aîné du défunt va les sommer de le laisser venir, muni d’une gerbe de fleurs.
Il va alors la déposer et jeter une motte de terre sur le cercueil de Pierre Harmel et partira sans se détourner. Et depuis ce temps, il va déménager pour l’Allemagne fédérale puis en Angleterre jusqu’à ce jour. Il continue de mener le même combat, son combat idéologique, invisible, intelligent et dangereux. Toujours pour les droits de congolais et des Africains. Des ennemis que tout le monde ne voit pas sauf lui. Les dernières paroles de Pierre Harmel continuent toujours de raisonner dans ses oreilles, des paroles testamentaires comme si c’était aujourd’hui. Stand up, get up fight for our right !
Dary Abega / Lobjectif.net













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