Le silence des prétoires s’est rompu pour laisser place à un acte judiciaire d’une portée éminemment symbolique. Ce matin, devant le Tribunal de Grande Instance de Kinshasa/Gombe, s’est ouvert un procès en flagrance qui transcende la simple affaire pénale pour incarner un tournant décisif. Au banc des prévenus, un avocat, éminence en robe noire, est soupçonné d’avoir orchestré, dans l’ombre des codes et des procédures, la spoliation d’un bien appartenant à Rawbank RDC.
Son arme présumée ? Une machination judiciaire sophistiquée, dévoyant les mécanismes sacrés de la saisie et de l’exécution forcée, avec la complicité alléguée d’auxiliaires de justice infiltrés dans la chaîne d’exécution. Ce procès n’est pas l’examen d’un délit banal. C’est la mise à nu, sous les feux de l’audience publique, d’un circuit de prédation systémique. Il révèle l’existence de chemins tortueux où la justice elle-même est détournée, vidée de sa substance pour devenir l’instrument cynique du vol légalisé.
Des procédures conçues pour protéger deviennent des pièges ; des décisions de justice se transforment en titres de dépossession. C’est le droit, trahi par ses propres serviteurs, et utilisé comme une masse pour briser le droit fondamental de propriété. Par la voix du Ministre d’État Guillaume Ngefa, Garde des Sceaux, la République envoie un message d’une clarté cristalline : l’ère de l’impunité des cols blancs du prétoire est révolue.
La justice ne saurait être une caverne d’Ali Baba où s’échangent procédures truquées et biens mal acquis. Toute tentative de transformer l’institution judiciaire en racket organisé, toute collusion entre robe et toge pour confisquer, spolier, déposséder, sera traquée et déférée devant ses propres juges. La tenue de ce procès, dans le strict respect des droits de la défense et des garanties d’un procès équitable, est en soi une démonstration de force.
Celle d’un État qui se ressaisit par le droit, pour le droit. Cette audience historique est bien plus qu’un fait judiciaire. C’est un acte fondateur dans la dynamique profonde de restauration de l’autorité de l’État de droit. Elle incarne une triple exigence : la protection intangible du patrimoine des citoyens et des entreprises contre les prédateurs en costume-cravate ; la moralisation impérative de toute la chaîne judiciaire.
Mais aussi des cabinets d’avocats aux greffes ; et l’affirmation que la justice, enfin, ne se laisse plus falsifier. Le procès qui s’est ouvert n’est pas seulement celui d’un homme ; c’est celui des pratiques opaques qui ont trop longtemps miné la confiance publique. Le verdict attendu est celui de tout un système qui se purifie par sa propre sévérité.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR












