Depuis l’arrivée de Jean Bakomito Gambu à la tête du Haut-Uélé, la province ne sombre pas seulement dans l’immobilisme et les promesses creuses. Elle s’enfonce aussi dans une culture de l’insulte érigée en système de défense politique. Sur les réseaux sociaux, une milice numérique, fanatique et agressive, réduit tout débat à des invectives, des menaces et des fatwas.
Les mécanismes de cette communication insultocratique révèlent comment les terroristes du clavier servent de paravent à l’échec d’un gouvernorat en déroute. L’insulte est l’arme des faibles face aux critiques qui doivent normalement permettre à l’exécutif d’opposer des faits, des chiffres, des documents. À la place, nous avons un modus operandi des terroristes du clavier qui révulse.
Pas de réponses, que des insultes : Interrogez la gestion désastreuse des routes ou l’absence de réalisations concrètes , et vous serez traité de “vendu”, “ennemi du développement”, voire menacé de violences physiques. Un citoyen dénonçant le retard des projets structurants est immédiatement inondé de commentaires comme “Tu es payé par l’opposition !” ou “On te retrouvera !”.
Ensuite, il y a la stratégie du bouc émissaire. Plutôt que de reconnaître l’échec des hôpitaux sous-équipés ou des écoles en ruine, les thuriféraires de Jean Bakomito Gambu accusent systématiquement les détracteurs qualifiés de divisionnistes et l’héritage du précédent exécutif qui est pourtant son allié dans l’alliance de Gombe. Une rengaine usée pour justifier l’inaction.
L’homme de Bambesa se découvre de plus en plus en gouverneur fantôme derrière ses trolls. Alors qu’il se présente en défenseur du développement, ses soutiens transforment les réseaux sociaux en champs de bataille toxiques. Pire, lui-même cultive ce climat par des discours enflammés. Ses déclarations sur la « discipline » et l’« unité » contrastent avec la haine libérée en ligne.
Jamais il ne désavoue les insultes de ses plus proches collaborateurs, signe d’une complicité passive donc d’un silence coupable qui fait diversion par l’agressivité. Quand les chiffres manquent (aucun projet d’infrastructure achevé en un an ), les fanatiques brandissent des images de visites protocolaires (ex. : la distribution de vivres aux recrues des FARDC ) et des attaques sur la vie privée des critiques (métier, origines, etc.)
Les conséquences sont une démocratie étouffée et une province paralysée. L’homme de Bambesa s’isole. En tolérant l’insultocratie à Isiro, il perd toute crédibilité auprès des partenaires techniques et financiers et le Haut-Uélé en paie le prix. Les investisseurs fuient une région où le débat est criminalisé. Aujourd’hui, les terroristes du clavier insultent; demain, c’est le gouverneur qui paiera parce qu’on ne s’arrêtera pas.
Quand l’homme de Bambesa tombera (et l’histoire montre que ces régimes chutent toujours ), ces mêmes thuriféraires seront les premiers à le trahir puisque certains ont été avec le feu Lola Kisanga pendant que d’autres ont servi Baseane Nangaa avant de devenir les snipers de l’homme de Bambesa. La lutte contre l’insultocratie n’est pas une option, mais un devoir civique. Isiro mérite mieux que des discours creux et des injures.
Exigeons des comptes rendus transparents sur l’utilisation des fonds publics, la fin de l’impunité numérique pour les auteurs de menaces dans des forums qui doivent systématiquement être poursuivis et un débat sain où les critiques sont des moteurs, non des crimes. Les tyrans de clavier d’aujourd’hui sont les lâches de demain. L’histoire jugera, mais l’urgence, c’est le Haut-Uélé qui crie.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













