L’Iran et la RD Congo représentent deux paradigmes distincts de développement national : l’un s’appuyant sur son capital scientifique et technologique, l’autre tentant de valoriser son exceptionnel patrimoine géologique. Les indicateurs économiques révèlent des écarts significatifs entre les deux pays. L’Iran, avec un PIB de 454 milliards de dollars, se classe comme la 29ème économie mondiale.
Tandis que la RDC, avec 47,2 milliards de dollars, occupe la 87ème position. La RDC affiche une croissance moyenne sur 5 ans de 5,2%, contre 2,8% pour l’Iran. Le PIB par habitant de l’Iran (5 600 dollars) est près de dix fois supérieur à celui de la RDC (562 dollars). Les deux pays souffrent d’une inflation élevée (29,3% en RDC, 31,2% en Iran).
L’Iran possède une économie diversifiée avec un secteur industriel représentant 34,9% du PIB, une agriculture à 9,5% du PIB et des exportations représentant 24,9% du PIB. La RDC présente une structure économique différente un secteur industriel (incluant l’extraction minière) à 44,1% du PIB, une agriculture à 19,1% du PIB et des exportations représentant 33,6% du PIB.
L’Iran a développé un programme nucléaire sophistiqué qui lui permet d’accumuler des stocks significatifs d’uranium enrichi. Le stock d’uranium enrichi à 60% : passé de 182 kg fin 2024 à plus de 408 kg en mai 2025, une capacité technique proche du seuil militaire (90% d’enrichissement) et une infrastructure de centrifugeuses avancées, bien que sous surveillance internationale.
Ce programme, présenté comme civil, sert aussi de levier géopolitique et de symbole de puissance technologique nationale. L’Iran consacre des ressources importantes à son complexe scientifique-militaire. Le développement de missiles balistiques (plus de 3 000 selon les estimations), un programme de drones militaires sophistiqués et des capacités cybernétiques offensives.
Cependant, ce modèle présente des faiblesses. Un isolement international dû aux sanctions, un détournement des fonds de développement (le Fonds national de développement iranien est “au bord de l’effondrement” selon un rapport parlementaire) et une dépendance persistante aux revenus pétroliers malgré la diversification technologique. La RDC, elle, possède des ressources minérales exceptionnelles.
Plus de 70% des réserves mondiales de cobalt, 20-30% de la production mondiale de coltan, des importants gisements de cuivre, diamants, or, lithium, étain, tungstène et un potentiel pétrolier estimé à 20 milliards de barils. L’exploitation minière en RDC présente un tableau contrasté. Une croissance du secteur minier de 12,8% en 2024 mais 73,5% de la population vit avec moins de 2,15 dollars par jour.
Des problèmes de travail des enfants, conditions dangereuses, dégradation environnementale et des conflits armés liés à l’exploitation minière (comme le M23 générant 800 000 dollars mensuels du commerce illicite de minerais). La RDC dispose d’un formidable potentiel énergétique. Le plus grand potentiel hydroélectrique d’Afrique (fleuve Congo et barrage Inga).
Des ressources solaires et éoliennes importantes et des Réserves de gaz dans le lac Kivu (300 milliards de m³ de méthane). Pourtant, le pays souffre d’un déficit énergétique criant avec moins de 20% de la population a accès à l’électricité, un taux d’électrification rurale d’environ 1% et une dépendance à la biomasse (93% du mix énergétique). L’Iran utilise les revenus pétroliers pour financer son développement technologique.
Mais il a une mauvaise gestion du Fonds national de développement (132 milliards de dollars dépensés, dont seulement 37 milliards aux secteurs privés) et un taux de défaut sur les prêts du Fonds atteint 68%, contre 6% en moyenne mondiale pour les fonds souverains. La RDC a une difficulté à transformer les ressources minières en développement durable et des problèmes de gouvernance et de corruption dans le secteur extractif.
Des conflits autour des ressources naturelles (comme dans l’Ituri et le Kivu) tandis que l’Iran a un système éducatif développé produisant des ingénieurs et scientifiques qualifiés, un investissement dans la recherche nucléaire, aérospatiale, cybernétique mais aussi une fuite des cerveaux due aux sanctions et restrictions politiques. La RDC a un manque criant de main-d’œuvre qualifiée dans les secteurs technologiques.
Le système éducatif congolais est insuffisant pour soutenir un développement technologique autonome et une nécessité de formation professionnelle dans le secteur minier. L’Iran souffre d’une isolation relative due aux sanctions internationales mais sa capacité à développer des technologies malgré les restrictions et des exportations de missiles vers plusieurs pays demeure.
La RDC a le devoir d’intégration dans les chaînes d’approvisionnement mondiales pour les minerais critiques. Mais position faible dans la chaîne de valeur (exportation de matières premières brutes) et sa dépendance aux fluctuations des prix des commodités. Pour l’Iran, il faut une réforme du Fonds national de développement pour stopper le détournement des ressources et rétablir sa mission initiale de financement de projets productifs à long terme.
La levée partielle des sanctions en échange de transparence sur le programme nucléaire, pour permettre un véritable décollage technologique civil et la diversification économique pour réduire la dépendance au pétrole en développant d’autres secteurs high-tech. Et la RDC doit investir à une transformation locale des minerais pour passer de l’exportation de matières brutes à la création de valeur ajoutée sur place.
Le développement énergétique pour exploiter le potentiel hydroélectrique pour fournir une électricité abordable et soutenir l’industrialisation, une gouvernance des ressources pour lutter contre la corruption et assurer une redistribution équitable des revenus miniers et une formation professionnelle pour développer des compétences locales pour monter dans la chaîne de valeur minière.
L’Iran et la RDC incarnent deux voies distinctes de développement : l’une fondée sur l’accumulation de capital scientifique, l’autre sur l’exploitation de ressources géologiques. Si l’Iran a réussi à développer des capacités technologiques avancées malgré les sanctions, il peine à transformer cette puissance en bien-être pour sa population. La RDC, riche de son sous-sol, n’arrive pas à convertir cette richesse en développement durable, victime de la “malédiction des ressources”.
Les deux pays partagent cependant des défis communs : mauvaise gouvernance, dépendance excessive à une ressource (pétrole pour l’Iran, minerais pour la RDC), et difficulté à assurer une redistribution équitable des richesses. Leur avenir dépendra de leur capacité à surmonter ces obstacles tout en capitalisant sur leurs atouts respectifs – la matière grise pour l’Iran, la matière première pour la RDC.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













