C’est l’heure des couronnes. Le 20 décembre 2025, à 17h00 précises, le Centre Culturel et Artistique pour les Pays d’Afrique Centrale allumera ses lustres pour la “SOIREE DES ARTS” et la remise des Prix Lokumu. Un rituel immuable. Costumes sombres, robes de soirée, discours calibrés, applaudissements synchronisés. Une cérémonie où tout semble écrit à l’avance. Y compris, peut-être, les noms des lauréats.
L’accès ? Sur réservation. Ou via www.prixlokumu.com. Pas de place pour l’imprévu, pour la foule, pour le désordre. L’art célébré ici est un art de la forme. Une création aseptisée, présentée sous vitrine, dans un espace où l’on ne rentre qu’avec un sésame. Le peuple est invité à s’inscrire en ligne. Le contraste est violent avec la réalité artistique de la capitale : celle qui naît dans les rues, crie dans les clubs, résiste sans jamais attendre de validation institutionnelle.
Que récompense-t-on vraiment ? L’audace ? Ou la loyauté ? La subversion ? Ou la conformité ? Les Prix Lokumu se drapent du prestige du panthéon, mais fonctionnent comme un écosystème fermé. On y sacre des carrières, on y valide des parcours, on y scelle des alliances. C’est la culture comme outil de diplomatie douce, comme marqueur de respectabilité. Une scène où l’on célèbre moins l’œuvre qui dérange que l’artiste qui ne fait plus de vagues.
Le timing n’est pas anodin : 20 décembre, à la veille des fêtes. C’est le moment des bilans, des distributions de prix avant la trêve. Une logique de clôture, d’apaisement. Rien à voir avec l’urgence créatrice, avec le besoin viscéral de dire, de casser, de reconstruire. Ici, l’art est une affaire de calendrier. Derrière l’apparat, une question demeure : à qui profite le spectacle ? À la création, ou à ceux qui l’encadrent ? Les vagues les plus fertiles de la région sont rarement parties d’une salle protocolaire.
Elles ont émergé de la frustration, de la rue, de la nécessité. Elles n’attendaient pas d’invitation. Le soir du 20 décembre, des noms seront gravés sur des trophées. Des carrières seront sanctifiées. Des réseaux se resserreront. Et dehors, dans l’obscurité électrique des villes, une autre scène continuera de battre, sans réservation, sans jury, sans lustre. Peut-être la seule qui vaille vraiment.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













