Le Lac Albert, frontière naturelle entre la RDC et l’Ouganda, est aujourd’hui le théâtre d’une prédation économique organisée, où Kampala, en partenariat avec TotalEnergies, accélère l’exploitation pétrolière du projet Tilenga, tandis que la RDC semble incapable—ou complaisante—à protéger ses intérêts. Le district ougandais d’Hoïma, frontalier de l’Ituri, est en effervescence :
Forages intensifs, pipelines enterrés, usines de traitement… Pendant ce temps, où sont les techniciens congolais chargés de surveiller ces opérations ? Nous parlons ici du projet Tilenga : une exploitation unilatérale et agressive. TotalEnergies (56,6 %) et le gouvernement ougandais développent six champs pétroliers et 400 puits répartis sur 29 sites, avec une production acheminée vers Kasenyi. Où est la contrepartie congolaise ? Qui contrôle les volumes extraits près de la frontière ?
L’Ouganda agit en État souverain déterminé, tandis que la RDC semble démissionnaire, sans mécanisme crédible de surveillance pour empêcher un dépassement des limites territoriales. Le double jeu ougandais est évident : sécurité pour Kampala et instabilité pour Kinshasa. Alors que l’Ouganda renforce la surveillance sécuritaire le long du Lac Albert pour empêcher l’entrée des Congolais (prétextant Ebola), il facilite l’exploitation pétrolière dans les mêmes eaux contestées.
Pourquoi tant de zèle à bloquer les Congolais, mais aucun pour vérifier les forages de TotalEnergies ? L’argument sanitaire masque-t-il une stratégie d’accaparement ? Pendant ce temps, des rapports historiques et juridiques confirment que la délimitation de ces frontières reste un contentieux non résolu. Question cruciale : “La RDC possède-t-elle sur place, à Bunia, un service technique d’intelligence capable de monitorer TotalEnergies ?”
La réponse est non. Aucun rapport public ne documente une présence congolaise active. Aucun mécanisme bilatéral ne garantit un partage équitable. Pire : si TotalEnergies dépasse les limites, qui le saura ? L’entreprise française, bien que engagée dans des projets verts en Europe, participe ici à une exploitation opaque et déséquilibrée. Pourquoi n’exige-t-elle pas une transparence binationale ? Se soucie-t-elle des droits de la RDC, ou seulement de ses profits ?
Son silence est complice. Que faire ? Il y a urgence d’une diplomatie économique offensive. Il faut envoyer immédiatement une mission technique congolaise à Bunia pour surveiller les opérations, exiger un audit indépendant des extractions près de la frontière, saisir la Cour Internationale de Justice si nécessaire (comme dans l’affaire RDC c. Ouganda de 2005) et mobiliser la société civile et les médias pour briser l’omerta.
Pendant que TotalEnergies et Kampala exploitent méthodiquement le Lac Albert, la RDC n’a même pas les moyens de compter ses pertes. Si rien ne change, demain, il ne restera que des puits vides et un peuple trahi. La RDC dort, l’Ouganda profite.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













