Comment le Groupe Huayou, avec la complicité silencieuse des autorités, transforme les rivières du Katanga en égouts à ciel ouvert, et la vie des Congolais en variable d’ajustement. Ils sont des milliers. Des milliers de poissons, ventre à l’air, écailles ternies par la mort, à voguer dans un dernier ballet macabre sur les eaux devenues toxiques de Lubumbashi.
Ce n’est pas une marée naturelle. C’est une hécatombe industrielle. Une signature. Celle du Groupe chinois Huayou et de ses filiales locales, comme CDM (Congo Dongfang Mining), qui ont transformé le berceau minier de la RDC en laboratoire à ciel ouvert de l’impunité environnementale. Face à ce spectacle désolant, les communautés locales, elles, ne regardent pas. Elles subissent. Elles respirent l’air chargé de poussières métalliques.
Elles boivent, par nécessité mortelle, cette eau qui a vu mourir tout ce qui y vivait. Le poisson, source de protéines et de revenus, n’est plus qu’un cadavre flottant, symbole putride d’un “développement” qui tue. On nous serine que ces investissements créent de la richesse. Quelle richesse ? Celle qui se compte en dollars exportés vers les batteries de nos voitures électriques et nos smartphones, tandis que les Congolais, eux, héritent de rivières-cimetières et de cancers à venir ?
Le cynisme de l’entreprise est à couper le souffle. Les procédés de traitement du minerai, archaïques et délibérément non-contrôlés, rejettent allègrement des métaux lourds – plomb, mercure, arsenic, cobalt – directement dans les écosystèmes. Les bassins de décantation, quand ils existent, sont des passoires. Les normes ? Un concept occidental ridicule dans ce Far-East congolais où le seul dieu est la rentabilité immédiate.
On parle ici de destruction massive, préméditée et économiquement rationnelle. Il est moins cher de payer une éventuelle amende dérisoire – si jamais elle tombe – que d’investir dans des technologies propres. Le calcul est simple, et il est criminel. Et que font les autorités congolaises ? Elles signent des contrats, organisent des réunions, et promettent des enquêtes qui n’aboutiront jamais.
La comédie de la gouvernance se joue dans les bureaux climatisés de Kinshasa, tandis qu’à des milliers de kilomètres de là, le poison coule. La collusion est si évidente qu’elle en devient obscène. L’État, censé être le gardien de son peuple et de son territoire, s’est mué en agent de recrutement pour bourreaux écologiques. On évoque des emplois ? Ce sont des chaînes dorées. Le prix : la santé, l’environnement et la dignité d’une nation.
Le terme de “délit” est ici une insulte. Ce que Huayou et ses semblables pratiquent est un crime. Un crime contre l’environnement. Un crime contre la santé publique. Un crime contre les générations futures. Emprisonner les décideurs de ces entreprises n’est pas une option radicale ; c’est la réponse minimale et nécessaire face à une entreprise qui équivaut, dans ses conséquences, à un empoisonnement de masse.
Où sont les mandats d’arrêt internationaux ? Où sont les poursuites pour écocide ? Ce carnage piscicole n’est qu’un symptôme. C’est la preuve visible, nauséabonde, d’un système qui considère l’Afrique et ses habitants comme jetables. Nous, consommateurs occidentaux, complices par notre silence et notre soif de technologie “propre”, avons du sang congolais sur les mains de nos véhicules électriques.
Les poissons morts de la rivière Lupoto sont les canaris dans la mine de la mondialisation. Ils nous alertent d’une asphyxie programmée. Leur mort silencieuse est un cri. Un cri d’accusation contre les empoisonneurs en costume-cravate et leurs complices en costume traditionnel. La prison n’est que le début de la justice à rendre.
La suite doit être un procès, des réparations colossales, et la confiscation pure et simple des actifs de ces organisations toxiques. Le Katanga n’est pas une poubelle. Le Congo n’est pas une colonie. Et ses enfants ne sont pas du bétail sacrificiel sur l’autel du profit. Il est temps que cela se sache. Et que cela se paie.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













