Le Fleuve Congo, artère vitale de la RD Congo, charrie désormais les corps et les espoirs brisés de centaines de familles. Le 11 septembre 2025, la baleinière HB Bonga a chaviré dans le territoire de Lukolela, à 122 km de Mbandaka, emportant avec elle des vies, des marchandises et, une fois de plus, la promesse de lendemains plus sûrs pour les Congolais.
Le bilan officiel, glaçant, reste provisoire : 107 morts, 146 disparus et 209 rescapés, dont beaucoup blessés. Les témoignages et les premières investigations dessinent un tableau familier, sinistrement répétitif : une embarcation surchargée, en mauvais état, naviguant de nuit sur un fleuve capricieux et peu signalisé. La HB Bonga transportait bien au-delà de sa capacité – près de 500 passagers selon le commissaire fluvial de la province.
Elle aurait heurté d’autres embarcations avant de chavirer et de prendre feu, consumant toutes les marchandises à bord et incendiant même 15 maisons sur les rives. “Les autorités provinciales ont lamentablement rappelé que le bateau avait quitté Kinshasa sans liste de passagers et avec de nombreux occupants et marchandises non documentés” . Une absence de traçabilité qui complique tragiquement le travail des secours et le décompte précis des victimes.
Parmi les 209 survivants, beaucoup ont tout perdu. Blessés, choqués, ils errent dans une région enclavée où les structures de santé sont précaires. Les opérations de recherche se poursuivent dans des conditions extrêmement difficiles, et les espoirs de retrouver des disparus vivants s’amenuisent avec chaque heure qui passe. “Dans la même province, un autre naufrage survenu mercredi dernier a fait plus de 56 victimes, majoritairement des étudiants et des commerçants se rendant à Bokenda.
Seulement huit personnes en ont réchappé” . Cette accumulation de drames en quelques jours à peine illustre une crise systémique qui dépasse le simple accident isolé. Le Fleuve Congo est plus qu’une voie de transport ; il est le miroir des faillites de l’État. Malgré les interdictions formelles et les annonces gouvernementales – comme la fermeture de 240 ports “illégaux” promise en mai dernier – les mêmes causes produisent les mêmes effets meurtriers.
Surcharge systématique des embarcations, vétusté des bateaux, absence d’équipements de sécurité (gilets de sauvetage), navigation de nuit non régulée et contrôles quasi inexistants ou corrompus. L’irresponsabilité de certaines autorités atteint un paroxysme inquiétant. Comment se fait-il qu’elles n’arrivent toujours pas à tirer des leçons ? Sur les réseaux sociaux, la colère est palpable et se dirige sans ambages vers les autorités de tutelle.
Les internautes congolais pointent du doigt l’incompétence et la négligence. Jean Pierre Bemba ministre des transports, qu’attend-il pour suspendre les marins et les policiers qui ne savent pas contrôler la qualité des marchandises ? Le jour où la jeunesse congolaise se révoltera contre les autorités comme au NEPAL ça sera le début du développement du Congo. Le naufrage de la HB Bonga n’est pas une fatalité.
C’est le résultat prévisible de choix politiques, de négligence criminelle et d’un mépris profond pour la vie des citoyens congolais. Alors que les familles pleurent leurs morts et attendent des nouvelles de leurs disparus, la question n’est pas de savoir si un prochain drame va survenir, mais quand, et combien de vies il faudra encore sacrifier pour que des mesures concrètes et impopulaires soient enfin prises.
Le Fleuve Congo, géographie d’une nation, continue de couler, indifférent. Il charrie les corps et les biens, mais aussi la résilience et la colère d’un peuple qui mérite mieux que de servir de passager clandestin sur le bateau de l’indignité nationale.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR











