“La RTNC exige la reprise du bâtiment offert par la MONUSCO, tandis que la région reste sous pression sécuritaire”
L’Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC), section provinciale du Nord-Kivu, a publié ce jour un communiqué annonçant la cessation de ses activités dans son bâtiment actuel, situé sur l’avenue du Golf à Goma. La raison : la Direction provinciale de la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC) exige la restitution des lieux, construits sur sa concession.
Ce centre de presse, offert à la presse locale par la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en RDC (MONUSCO), devait symboliser un espace sûr et indépendant pour les journalistes de cette région meurtrie par des décennies de conflits. Sa perte intervient dans un contexte sécuritaire extrêmement tendu, marqué par la recrudescence des activités des groupes armés, notamment du RDF/M23, dont l’ombre plane sur toute décision administrative ou politique dans la région.
Dans son communiqué, l’UNPC Nord-Kivu informe ses membres que ses bureaux et le centre de presse « vont cesser de fonctionner dans ce bâtiment […] à partir du 2 Février 2026 ». Une décision brutale qui prive les médias locaux d’un outil essentiel pour couvrir la crise sécuritaire, les exactions et la vie des populations. Alors que le RDF/M23 continue d’étendre son emprise et d’alimenter la violence, la presse indépendante se voit amputée d’un de ses principaux lieux de travail et de coordination.
Beaucoup s’interrogent sur le timing et les motivations réelles de cette expulsion. Pourquoi maintenant, alors que la pression militaire et médiatique sur les agissements du RDF/M23 et de ses soutiens présumés n’a jamais été aussi forte ? Ce bâtiment, construit pour renforcer la capacité des journalistes à informer dans une zone de guerre, devient soudainement l’objet d’une revendication immobilière. Coïncidence troublante, ou manœuvre pour réduire la capacité de couverture critique des médias locaux à un moment crucial ?
La liberté de la presse est un pilier essentiel de toute démocratie, surtout en temps de conflit. Priver les journalistes d’un espace dédié, c’est affaiblir leur voix au moment même où celle-ci est indispensable pour témoigner des souffrances des civils, dénoncer les violences et demander des comptes aux acteurs armés, qu’ils soient locaux ou étrangers. L’action de la RTNC, entreprise publique, semble ignorer cette urgence.
Alors que le RDF/M23, régulièrement pointé du doigt pour des violations graves des droits de l’homme et une ingérence déstabilisatrice, continue de défier l’autorité de l’État congolais, toute décision affaiblissant les contre-pouvoirs doit être scrutée avec méfiance. Ce « retour à l’ordre administratif » ressemble furieusement à un retour au silence forcé.
La communauté internationale, qui a financé et soutenu la création de ce centre via la MONUSCO, ne saurait rester indifférente. Elle doit interroger les autorités congolaises sur le respect de leurs engagements en matière de protection de la presse et de liberté d’expression.
Les journalistes du Nord-Kivu, eux, restent en première ligne, avec ou sans centre. Mais leur tâche vient de devenir encore plus difficile. Dans l’ombre du RDF/M23 et face aux pressions internes, leur courage et leur détermination seront, plus que jamais, le dernier rempart contre l’obscurantisme et l’oubli.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













