La République démocratique du Congo traverse une crise existentielle, non pas uniquement à cause de l’agression rwandaise, mais aussi en raison d’une confusion savamment entretenue par des acteurs internes et externes. Le Rwanda, sous le régime de Paul Kagame, a réussi l’exploit de fracturer l’unité congolaise ces 30 dernières années.
En infiltrant toutes les institutions de la RDC, de la base au sommet, il a transformé un conflit d’occupation étrangère en une guerre intestine où certains Congolais, aveuglés par des intérêts immédiats, se battent contre leur propre nation. Pendant ce temps, Kinshasa, siège de toutes les institutions, oscille parfois entre rhétorique patriotique et compromissions suspectes.
Tandis que la communauté internationale, hypocrite et calculateuse, finance Kigali tout en feignant de s’indigner des massacres dans l’Est de la RDC. Il est temps de nommer les choses : la RDC est en train de se faire dépecer, et une partie de ses élites y contribue activement. Avec l’exploitation illicite de nos minerais, la manipulation médiatique et diplomatique mais aussi une impunité totale, le Rwanda se pose en maître du jeu.
Le Rwanda instrumentalise le RDF/M23 comme bras armé de sa politique expansionniste, mais son véritable objectif est le contrôle des minerais stratégiques (coltan, or, cobalt) du Kivu. Les rapports de l’ONU sont formels : Kigali arme, finance et dirige le RDF/M23, tout en blanchissant les minerais volés via ses exportations “officielles”. Pourtant, malgré les preuves accablantes, l’Union européenne continue d’injecter des millions d’euros dans le budget rwandais, y compris pour des opérations militaires .
Kagame a réussi à imposer un récit fallacieux : celui d’un conflit intercongolais, où les Tutsi seraient persécutés. Cette manipulation a engendré deux tragédies. Certains Congolais s’entretuent sous prétexte de défendre ou combattre une minorité, alors que le vrai ennemi est l’occupant rwandais. Certaines élites politiques et économiques congolaises ferment les yeux, voire collaborent, pour préserver leurs intérêts.
Le pouvoir de Félix Tshisekedi a, à un moment donné, cultivé l’ambiguïté. Il y a eu des discours martiaux, mais aussi des alliances douteuses surtout avec Kigali au début de son mandat. La levée du moratoire sur la peine de mort, une mesure populiste du ministre d’État Constant Mutamba aujourd’hui empêtré dans un détournement de 19 millions de dollars qui a détourné l’attention des vrais problèmes.
La corruption, la gabegie militaire et l’incapacité à sécuriser le territoire ont étouffé la voie de la société civile. Au lieu d’être un rempart, la société civile congolaise est muselée : arrestations arbitraires, lois restrictives sous couvert de “protection des droits humains”. Résultat : aucune voix libre n’a pu dénoncer efficacement pendant un long moment les dérives du pouvoir ou l’agression rwandaise.
L’Occident joue un double jeu cynique dans une complicité odieuse. Les États-Unis sanctionnent symboliquement Kigali tout en négociant des accords miniers. L’Union Européenne verse 20 millions d’euros à l’armée rwandaise tout en condamnant verbalement son soutien au RDF/M23. Le Royaume-Uni finance un Rwanda qu’il sait criminel via son programme de déportation d’immigrés. Cette hypocrisie n’a qu’un nom : le mépris.
La RDC n’est qu’un champ de bataille pour les intérêts géostratégiques et économiques des puissances. L’urgence en ce moment est de sauver la RDC avant qu’il ne soit trop tard. Il faut sanctionner tous les traîtres et poursuivre tous les collaborateurs. Tout Congolais impliqué dans le pillage ou la collaboration avec le RDF/M23 doit être jugé pour haute trahison. Il faut auditer tous les contrats miniers signés jusque-là.
Les accords signés sous la pression de Kigali doivent être révisés. Il faut restaurer l’autorité de l’État en instituant une armée réformée et payée. La gabegie dans les forces armées favorise les milices. Les soldats doivent être formés, équipés et motivés. Il faut une recentralisation du pouvoir pour faire de Kinshasa la clé de voûte de toute autorité sur le territoire congolais et briser le silence international.
Il faut une pression diplomatique Agressive. La RDC doit exiger des sanctions économiques contre le Rwanda, y compris l’embargo sur ses exportations de minerais. L’Union Africaine doit cesser sa complaisance envers Kagame qui sème la terreur en RDC. Il doit récolter la honte. Un tyran peut cacher son visage, mais ses abus laissent toujours des cicatrices.
C’est le temps de la lucidité. La RDC est à un tournant. Soit elle se réveille et combat l’agresseur avec unité et détermination, soit elle se laisse dépecer sous les applaudissements hypocrites de la “communauté internationale”. Il est temps que chaque Congolais comprenne : l’ennemi n’est pas son voisin, mais ceux qui profitent de nos divisions. Il faut faire le choix entre la survie et la disparition.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













