Dans la nuit du 10 juillet 2025, un nouveau massacre a ensanglanté l’Est de la RD Congo. Au moins 35 civils, majoritairement originaires du territoire de Beni, ont été tués par les combattants des ADF, un groupe armé ougandais islamiste ancré dans la région depuis des décennies et qui a la particularité de ne tuer que des Congolais.
L’attaque, survenue dans le village de Katere, près de l’agglomération de Beu-Manyama en territoire d’Irumu (Ituri), s’inscrit dans une longue série de violences attribuées aux ADF, malgré les opérations militaires conjointes menées contre eux. Ce massacre pose des questions brûlantes sur l’efficacité des forces de sécurité congolaises et de la Mission des Nations unies (MONUSCO), ainsi que sur les complicités locales et régionales permettant aux ADF de perpétuer leurs exactions.
Les ADF, initialement un mouvement rebelle ougandais, se sont implantés en RDC dans les années 1990. Progressivement, ils ont évolué vers une nébuleuse jihadiste, affiliée à l’État islamique en Afrique centrale (ISCAP). Depuis 2014, la région de Beni-Ituri subit une vague de massacres systématiques, avec plus de 6 000 morts documentés (selon le Kivu Security Tracker).
Malgré les opérations militaires (dont les récentes interventions des forces ougandaises en coopération avec l’armée congolaise), les ADF continuent de frapper avec une brutalité méthodique. Le massacre de Katere rappelle cruellement que les discours sécuritaires des autorités congolaises et internationales restent déconnectés de la réalité.
Les témoignages recueillis auprès des survivants et des organisations locales (Centre d’étude pour la promotion de la paix, CEPADHO) décrivent une attaque typique des ADF : entre minuit et 3h du matin, moment où les villageois sont les plus vulnérables. Incendies des maisons, coupe à la machette, exécutions sommaires. Les victimes, pour la plupart des cultivateurs, n’ont eu aucune chance de fuir.
Les populations déplacées de Beni, suggérant une volonté d’instaurer la terreur parmi les communautés déjà traumatisées. Selon un rapport de la Mission des Nations unies en RDC (MONUSCO), les ADF exploitent les failles du dispositif sécuritaire, profitant souvent du retrait temporaire des forces armées pour frapper. Malgré l’opération “Sukola I” (2019) et l’engagement des forces spéciales, les ADF conservent une mobilité inquiétante.
La MONUSCO, présente depuis plus de 20 ans, est régulièrement accusée de passivité. Son retrait programmé (résolution 2717 du Conseil de sécurité) suscite des craintes légitimes. Plusieurs enquêtes (Groupe d’étude sur le Congo, UN Group of Experts) ont souligné : la collusion entre certains militaires congolais et les ADF (trafic d’armes, informations) et l’exploitation économique des zones contrôlées par les ADF (or, bois, charbon), alimentant un réseau criminel transnational.
Le gouvernement condamne “avec la dernière énergie” (communiqué officiel), mais aucune arrestation majeure n’est annoncée. Les États-Unis ont placé les ADF sur la liste des organisations terroristes, mais les sanctions économiques et militaires restent insuffisantes. Aucun procès significatif n’a eu lieu malgré les preuves accumulées (rapport Mapping de l’ONU, 2010).
Le massacre de Katere n’est pas un incident isolé, mais un épisode de plus dans une stratégie d’éradication des populations civiles. Les ADF agissent en toute impunité, bénéficiant de la faiblesse de l’État congolais et de l’indifférence internationale. Jusqu’à quand ?
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













