Mémorial du soldat Congolais : Les symboles perdus

Le 17 mai 2019, le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo avait rendu hommage à l’armée congolaise au cours d’une cérémonie commémorant le 22e anniversaire de prise de pouvoir par l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo/Zaïre (AFDL).

Cette manifestation était organisée au Rond-Point Forescom, dans la Commune de la Gombe, loin de la grande foule habituelle. En cet endroit est implanté, depuis juillet 2017, le Mémorial du Soldat Congolais. Cette célébration, la troisième en ce lieu, a soulevé beaucoup d’interrogations et de doutes dans l’opinion, tant l’embrouille sur la symbolique en termes de moment et de lieu n’est pas éclaircie. Avec l’avènement du nouveau Chef de l’Etat, le 24 janvier 2019, des esprits se libèrent pour s’interroger de la légitimité du maintien de la date du 17 mai au calendrier des jours fériés et sa célébration dans ce quartier d’affaires. Du coup, il se pose des questions sur la nomination des lieux et dates nationaux à commémorer.

Le 17 mai (1997) célèbre la victoire de l’AFDL sur l’armée de Mobutu, la fuite de celui-ci et la prise de pouvoir par Laurent-Désiré Kabila, un pouvoir qu’après l’assassinat de ce dernier, les sociétaires de l’alliance avaient confié à Joseph Kabila Kabange en tant que fils depuis janvier 2001. Avec le départ de ce dernier après 18 ans de règne et dont le bilan est jugé de ‘‘largement négatif ’’, notamment en matières des Droits de l’Homme, de démocratie et de bonne gouvernance, des voix s’élèvent pour demander qu’il soit mis fin à ce souvenir, et partant, au régime qui l’a institué.
Pour bon nombre de Congolais, le pouvoir AFDL est le produit d’une guerre d’agression, tant il évoque, d’une part, l’intervention et l’occupation des forces étrangères rwandaises et ougandaises, principalement qui, de surcroît pour s’assurer la conquête des sphères d’influence, s’étaient affrontées sur notre sol, causant mort et désolation. Entre parenthèses, on attendrait l’érection d’un monument pour conjurer la honte et l’humiliation de Kisangani où, comme des vautours, les agresseurs se sont battus sur la dépouille de leur proie. Et d’autre part, cette victoire de l’AFDL est perçue comme celle d’un camp sur un autre au sein de la collectivité nationale. Agacé par le comportement hégémonique de ses alliés, L. D. Kabila qui était à la tête du mouvement, ne l’avait-il pas, lui-même, qualifié de ‘‘conglomérat d’aventuriers et d’opportunistes’’ ? Déclaration qui valut dissolution de l’AFDL et qui mit à mal la légitimité et la crédibilité du 17 mai. D’autant plus que son éclatement en plusieurs factions contre L. D. Kabila était venu renforcer son rejet dans l’opinion. Considérée comme le ‘‘cheval de Troie’’, cette date n’a pas réuni le consensus qui put contribuer au renforcement de l’identité nationale. Faute de ne pas aboutir à ce résultat de réconciliation intégrant les résolutions de Sun City et du récent Accord d’Addis-Abeba, le 17 mai reste, par conséquent, un des points de la pomme de discorde.

Jacques Fumunzanza Muketa

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