En séjour à Kinshasa, la ministre belge de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, s’est alarmée d’un doublement des demandeurs d’asile congolais en Belgique, passant de 1 250 à 2 500 en deux ans, avec une projection inquiétante pour 2026. Mais ce constat comptable est une insulte à l’intelligence et à la dignité du peuple congolais.
Ces chiffres ne sont pas le fruit d’une supposée instabilité démocratique interne fantasmée par Bruxelles ; ils sont l’écho direct du bain de sang imposé à l’Est de la RD Congo. La Belgique feint de découvrir les conséquences d’une guerre d’agression qu’elle a pourtant, par son silence et sa complaisance envers le Rwanda, laissé prospérer pendant près de trois décennies. Exiger des comptes au gouvernement congolais sur les flux migratoires sans évoquer les centaines de milliers de déplacés du Kivu, victimes des milices soutenues par Kigali, relève d’une hypocrisie diplomatique aussi indécente qu’inacceptable.
Ce que la ministre belge omet soigneusement de mentionner, c’est la responsabilité écrasante de l’Europe, et singulièrement de la Belgique, dans l’entretien du bourreau rwandais. Pendant des années, alors que les rapports des Nations Unies documentaient le pillage des minerais congolais et les exactions des supplétifs du RDF/M23 au Nord-Kivu, l’Union européenne – sous l’œil bienveillant de Bruxelles – continuait de verser des subventions massives au régime de Paul Kagame.
Cet argent européen, présenté sous le label vertueux de “coopération au développement”, a servi à financer une armée rwandaise suréquipée qui sème la mort et le chaos sur le sol congolais pour sécuriser l’accès au coltan et à l’or. La Belgique, ancienne puissance coloniale qui se targue d’une expertise sur la région des Grands Lacs, a fermé les yeux sur ce scandale géopolitique. Elle a préféré le confort de ses relations avec un Rwanda docile plutôt que la défense des droits des Congolais massacrés en toute impunité.
L’afflux de demandeurs d’asile n’est que la partie émergée de ce crime silencieux : ces femmes et ces hommes fuient les bombes et les viols que l’aide européenne, transitant par Kigali, contribue indirectement à financer. La Belgique ne peut plus continuer à tenir la RDC pour seule responsable des flux migratoires tout en restant le paravent diplomatique du Rwanda au sein des instances européennes.
Si Bruxelles veut sincèrement soulager son administration de l’asile, elle doit d’abord cesser d’alimenter les causes de l’exil. Il est temps que la Belgique use de son influence pour exiger la suspension immédiate de toute subvention européenne au Rwanda tant que Kigali n’aura pas retiré ses troupes du territoire congolais et cessé de déstabiliser le Kivu.
Le véritable “espace démocratique rétréci” n’est pas celui que fantasme la diplomatie belge pour justifier son inaction, mais bien celui des villages de l’Est, rayés de la carte par une guerre que l’Occident subventionne. Que la Belgique cesse de compter les Congolais à ses frontières et commence plutôt à compter les morts congolais qu’elle a contribué à ignorer.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR













